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Rita DIBA |
| [08/12/2009] |
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L’auteur de « Mansaadi » a séduit pour sa première scène au Ccf de Douala mercredi dernier.
Avant cette date, Sandra Nkaké c’était un lointain fantasme. A nous, elle était venue par les chemins d’Internet. Avant de lire une quelconque biographie, il a fallu vérifier sa probité musicale. On l’a donc écoutée. C’était un style complètement non-style, ou plutôt All styles. Sandra Nkaké, une reprise audacieuse de "La Mauvaise Réputation" de Georges Brassens. Une liberté totale, et surtout une voix qui, en exploratrice universelle, ne se fixait aucune frontière sur la planète musique.
Mercredi enfin, la rencontre en chair et en os. Dans la salle de spectacle du Centre culturel Blaise Cendrars à Douala, il est un peu plus de 20h, le plein est fait. Sandra Nkaké présente son premier album, « Mansaadi », sorti en 2008. La découverte en live commence. D’abord, ce n’est pas un simple concert. Sandra est chanteuse, bien sûr, mais aussi comédienne. Et ce soir, elle ajoute poétesse, danseuse, mime et humoriste à son CV. La prestation est digne d’une comédie musicale. Avec ses deux musiciens, Lawrence Clais à la batterie et Guillaume Farley à la basse, elle offre un véritable making of de spectacle au public. Entre notes, vannes, taquineries entre potes, fous rires. Il s’agit, avant de bien harmoniser les notes, de prendre du plaisir à ce qu’on fait. Plaisir partagé avec les spectateurs, qui se régalent d’un humour façon Couao-Zotti parfois, où le tragique est transformé en autodérision.
Et sa musique alors ? Sandra est beat box. Femme-orchestre. Percussions, vocalises, voix enrouée des pleureuses d’Afrique noire, bruissement des feuilles, de l’eau, sons de flûte, onomatopées, clappements, claps du public… Tout cela qu’elle enregistre à l’aide de l’électro. Ensemble sur lequel elle pose sa voix à la tessiture éprouvée. Ensemble, mais aussi murmure assourdissant de bruits insolites célébrant la vie. La musique de Sandra Nkaké puise dans le quotidien. Et dire, comme on a pu le lire sur le Net, que Sandra est « La nouvelle sensation soul "made in Paris"… nouvelle reine de la scène nu-soul française », etc., c’est aller un peu vite en besogne. C’est la classer vite fait dans un tiroir musical poussiéreux.
Parce que la musique de Sandra Nkaké, ça swingue, ça bop, c’est soul, hip hop, rock, reggae, très roots par moments, prémices de flamenco, mélopées subsahariennes, percussions africaines comme brésiliennes, terroir breton, vocalises de chant classique. Finalement, c’est… libre. Ses morceaux mélangent les styles, les courants, et échappent à toute linéarité musicale. Paroles, cris, sifflotements, soufflements s’imbriquent parfaitement. Et toujours, cette voix qui se lance dans l’illimité. Voix à laquelle se mêlent celles des deux musiciens. Et le public apprécie. Et des applaudissements font trembler la salle. Jusqu’au happy end.
Cet All styles créé par Sandra Nkakè la rend inclassable. Même si elle reprend Brassens ou D’Angelo, récite Birago Diop, que dans le beat on reconnaît parfois un peu de soul Isaac Hayes. Le style de Sandra Nkaké, c’est Sandra Nkaké. Point final.
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