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Vivre-ensemble et intégration nationale: Nkondjock, cas d’école

Sainclair MEZING | 16-05-2018 10:27

Cet arrondissement du département du Nkam dans le Littoral est un véritable melting-pot où populations des villages autochtones et des villages pionniers vivent en parfaite harmonie.

Le soleil s’apprête à ranger ses rayons derrière le feuillage des arbres et la colline verdoyante de Ndocktiba en ce début du mois de mai 2018. Alors que des paysannes, hottes garnies sur le dos, reviennent du champ, d’autres habitants de différents âges devisent sous la case à palabre. Autour de James Fumbay, un octogénaire venu du Boyo dans la région du Nord- Ouest depuis juin 1973, les échanges se font à la fois en anglais, français, babanki, widikum, meta, bikom ou en bandem, langues couramment parlées par les 700 âmes qui peuplent ce village de l’arrondissement de Nkondjock. Dans un échange convivial, on parle de tout et de rien autour d’un mets local arrosé d’un bon vin de palme. Le patriarche qui dit être définitivement rattaché à cette contrée n’entend plus retourner dans son village d’origine. «J’ai tout fait ici. J’ai beaucoup investi à Ndocktiba. Même comme je n’ai pas d’enfant, on va m’enterrer ici, confie James Fumbay. Comme lui, beaucoup d’autres allogènes partagent le même sentiment dans le village. Non loin de là, à Bindjen, Matoube, Male 6e Bis, Tam, Mabombe ou Ndock- Samba, d’autres villages de cette unité administrative, le vivre-ensemble est une réalité palpable. Eton, bamiléké, haoussa et leurs compatriotes venus des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se côtoient au quotidien dans les plantations, se baignent dans les mêmes rivières, partagent les mêmes repas, fréquentent les mêmes établissements scolaires, tiennent des réunions et s’amusent sur les mêmes aires de jeux. Des unions mixtes sont ainsi régulièrement scellées. A l’instar de plusieurs couples, Che Ignatus, un natif de Bafut (Nord- Ouest), et Raïssa Tchana Evenos, une moya du Nord-Makombe dans le Littoral, sont mariés depuis huit ans. De cette union, sont déjà nés cinq rejetons et les deux tourtereaux qui disent filer le parfait amour depuis leur rencontre, ne sont pas prêts de s’arrêter en si bon chemin. Pour un étranger qui débarque à Nkondjock, il est difficile d’établir aisément les différences dans ce savant brassage culturel et ethnique. Tellement les rapports sont étroits. Le gbaya se confond à l’ewondo, le bulu au bakweri. Tous forment une même famille et se sentent chez eux. Ici, on ne parle plus d’ethnies, mais plutôt de filles et de fils du village. Les noces d’une manguissa ou la réussite à un examen d’un banen est un motif de fierté pour tout le village. Cette entente cordiale ne signifie pas pour autant qu’il n’existe pas de conflits entre les populations. Loin de là. En effet, à Nkondjock, celles-ci ont leur manière à elles de résoudre leurs différends. « En cas de litige entre membres d’ethnies différentes, nous faisons appel aux protagonistes pour les ramener à la raison. Au cas où notre médiation se heurte à leur refus, nous faisons appel aux chefs des communautés respectives pour qu’ils viennent nous expliquer comment ça se passe chez eux. Mais, nous finissons toujours par les réconcilier », affirme Jean-Marie Noah, originaire d’Obala dans la région du Centre et chef du village Male. Au niveau du foncier, les pouvoirs publics avaient déjà pris des dispositions en lançant en 1965 l’opération «Yabassi-Bafang» visant à développer cette zone en faisant venir de jeunes volontaires des quatre coins du Cameroun. Cette anticipation fait qu’aujourd’hui, l’on enregistre moins de conflits de cet ordre. «On avait procédé à la délimitation des terrains pour les redistribuer aux populations des villages pionniers. Chaque habitant avait droit à un lot de 1 000 m2, à deux plantations de caféier et de cacaoyer de 4 ha x 2. Toutes ces plantations étaient immatriculées», se souvient Jean Fozing, géomètretopographe à la défunte Société de développement du Nkam (SODENKAM).

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