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Lutte contre la corruption: comment la CONAC s’est imposée

Grégoire DJARMAILA | 13-06-2018 10:22

La création de la Commission nationale anti-corruption par le président de la République traduit sa ferme volonté de débarrasser le Cameroun d’un fléau qui plombe ses efforts de développement.

2006 peut être considéré comme le second âge de la lutte contre la corruption sous l’ère Biya. Le 06 novembre1982  lorsqu’il accède à la magistrature suprême,  le président de la République place son mandat sous le signe de  « la Rigueur et la Moralisation ». Paul Biya a privilégié l’approche pédagogique en invitant ses compatriotes à un changement de comportement à l’égard de « la chose publique ». Mais face à la persistance des pratiques déviantes vis-à-vis de la fortune publique, le chef de l’Etat monte en puissance dans la croisade contre ce fléau. La création de la Commission nationale Anti-Corruption (Conac) par décret du 11 mars 2006 traduit sa ferme volonté de débarrasser le Cameroun d’un fléau qui plombe ses efforts de développement. Cet organisme public indépendant qui vient renforcer le cadre institutionnel de la lutte contre la corruption au Cameroun se place au cœur de la croisade. La Conac est placée sous l’autorité directe du président de la République.  Dotée ainsi des pleins pouvoirs pour tordre le cou à cette vermine qu’est la corruption, l’institution est chargée de contribuer à la lutte contre la corruption sous toutes ses formes.
Ses missions sont axées sur trois piliers fondamentaux. A savoir, la prévention et la communication à travers l’information et la sensibilisation, les études et la coopération avec d’autres structures et personnes œuvrant dans la lutte contre la corruption et la répression par le biais des enquêtes, des investigations et des propositions de sanctions. Ces trois dorsales représentant également les trois divisions opérationnelles de la Conac et qui sont sous la coordination du secrétariat permanent. Le Comité de coordination constitué de neuf personnalités à l’intégrité morale digne de confiance et à l’expérience professionnelle avérée dans les domaines relevant  du mandat de la commission est chapeauté par un président assisté d’un vice-président.
Douze ans après son avènement et dix ans après le démarrage effectif de ses activités, la Conac présente un bilan satisfaisant. Il y a lieu de signaler, comme le précise Irene Tche Morikang, chef de la Division de la prévention et de la communication, que la Conac n’est pas une structure de recouvrement des fonds. « Elle agit pour que l’Etat rentre dans ses droits et empêche les détournements des deniers publics ». Depuis sa création,  l’institution a ainsi fait gagner à l’Etat du Cameroun des centaines de millions à travers ses investigations et audits. A titre d’illustration, le gouvernement a pu recouvrer plus de 15 milliards de F suite aux investigations menées auprès d’un opérateur de téléphonie mobile, auprès des banques et dans les industries brassicoles. Elle a évité la perte de 34,5 milliards de F grâce aux actions menées dans le cadre des indemnisations des terrains utilisés pour la construction du Port en eau profonde de Kribi et la construction de la route Ayos-Bonis. Au total, ce sont plus de plus de 200 milliards de F qui ont pu être sauvés. L’institution est actuellement en train de traiter les dossiers pouvant empêcher l’Etat de perdre environ 1000 milliards de F. En 2017, grâce à son Antenne d’intervention rapide, la Conac a effectué 60 descentes qui ont permis de faire échec aux actes d’arnaque ou aux cas de flagrant délit de corruption. Dans la même période, la Conac a réalisé 36 enquêtes dont 35 au Cameroun et une à l’extérieur.
L’institution travaille actuellement pour que le combat qu’elle mène soit inscrit dans la conscience collective des Camerounais et ce,  grâce aux actions de communication. Des changements d’habitude sont perceptibles dans les administrations et dans l’opinion publique où s’installe progressivement une culture de dénonciation. Le nombre de dénonciations reçu à la Conac est passé de 227 en 2008 à 3 982 en 2017. Selon les informations fournies par le chef de la division de la prévention et de la communication, depuis l’ouverture de la ligne verte (le 1517) le 24 avril 2018, l’institution reçoit en moyenne 100 appels par jour. Preuve que désormais, il ne s’agit plus pour les citoyens de subir en silence ou en observateurs passifs les actes de corruption mais d’en être des acteurs du combat.

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