Média: parole à Denise Epotè

La directrice régionale de TV5Monde Afrique était récemment au Cameroun pour la célébration des 25 ans de la chaîne.

Le temps n’a pas de pouvoir sur sa voix rauque, convaincante, apaisante. Les admirateurs des premières heures de Denise Epotè, qui l’ont découverte en journaliste de talent et présentatrice vedette du JT en 1985 sur la Crtv aux côtés d’Eric Chinje, sont pris dans un tourbillon de nostalgie. L’émotion est tout aussi grande pour Denise Epotè, 62 ans, heureuse de revenir sur ses terres, à l’occasion des 25 ans de TV5Monde Afrique, chaîne dont elle est la directrice régionale depuis 1998. Elle décrypte l’actualité africaine dans « Afrique Presse » et « Et si vous me disiez toute la vérité » sur TV5, et livre ses coups de cœur dans « Les têtes d’affiche » sur RFI. Celle qui fait aujourd’hui les beaux jours de l’actualité sur TV5 et RFI, a dû se remémorer avec plaisir ces beaux moments passés d’abord à Radio Cameroun où elle débute sa carrière, puis à la Crtv, qu’elle quitte en 1994 pour rejoindre la France.
La jeune génération de téléspectateurs n’a peut-être que son souvenir nourri par des prouesses racontées par les parents, mais le respect est bien présent. En témoignent les yeux pétillants de ces jeunes journalistes, croisés le 14 juillet dernier pendant la conférence de presse organisée pour dévoiler les articulations des 25 ans de la chaîne. Aux côtés de Yves Bigot, directeur général de TV5Monde, Denise Epotè a présenté les grandes lignes de la célébration de cet anniversaire, qui l’amènera en Afrique du Sud (25 au 27 juillet), à Abidjan (22 novembre), à Dakar (5 décembre) et enfin à Paris (13 décembre). Madame la directrice régionale connaît les chiffres sur le bout des doigts. 14 millions de foyers sont de fidèles abonnés de la chaîne. « Neuf personnes sur 10 en Afrique connaissent TV5Monde », a-t-elle déclaré.
Une reconnaissance alimentée par le travail acharné de cette journaliste d’expérience, produit de l’Ecole supérieure de journalisme de Yaoundé (ESIJY). Prix de la meilleure journaliste aux Panafrican Broadcasting Heritage and Achievement Awards, chevalier de l’Ordre national du Mérite français, chevalier du Mérite national du Cameroun, Officier des arts et des lettres du Burkina Faso, chevalier de l’Ordre du Mérite national du Sénégal, Chevalier de la Légion d’honneur (plus haute distinction honorifique française), sont quelques titres qu’elle a reçu en hommage à son travail. CT est allé à sa rencontre.

Denise Epotè: « J’aime autant la radio que la télévision »

Journaliste, directrice régionale de TV5Monde Afrique.

TV5Monde Afrique a 25 ans. Vous en êtes la directrice régionale depuis bientôt 20 ans, donc quasiment la plus grande partie de son existence. Comment abordez-vous au quotidien cette importante responsabilité ?
Avec beaucoup de sérénité car avec le concours de mes deux collaborateurs à Paris et les trois agents marketing que nous avons au Cameroun, en RDC et au Sénégal, nous gérons le marketing et la distribution de la chaîne en Afrique sub-saharienne et dans l’océan indien, soit 48 pays. En plus il faut assurer une veille sur l’évolution technologique des différents pays en lien avec les instances de régulation et gérer la relation avec les télévisions nationales, qui par l’entremise du CIRTEF, sont des partenaires.
Une des grandes innovations de ces 25 ans, c’est la durée du « Journal Afrique » qui passe à 26 minutes. Ce nouveau format impose sûrement une modification dans la constitution du journal. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
L’Afrique est une des priorités du plan stratégique 2017-2020 de TV5Monde. D’une part, il y a le nouveau site que nous allons lancer fin octobre et puis il y a le nouveau journal Afrique (JA) qui sera lancé à la même période. Les changements interviendront dans la longueur du journal 26 minutes au lieu de 18 actuellement. Dans la présentation, deux journalistes africaines seront aux commandes du journal. Dans son architecture, le JA se veut plus proche des téléspectateurs du continent. Ousmane Ndiaye, le rédacteur en chef Afrique compte introduire plusieurs rubriques : économie, culture, sport, santé et associer les rédactions des principaux quotidiens francophones. Je ne vous en dis pas plus et vous donne rendez-vous sur TV5Monde Afrique fin octobre.
« Afrique Presse » et « Et si vous me disiez toute la vérité » sont vos deux programmes phares sur TV5Monde Afrique. Qu’ont apporté à votre perception du continent vos rencontres avec ces centaines de personnalités politiques, culturelles ou économiques de l’Afrique ?
Ce sont deux magazines d’actualité et pour pouvoir la commenter ou l’analyser, je suis tenue de la suivre ! Ces interviews m’ont donné l’occasion de mieux comprendre la complexité de certains pays. Mon seul regret c’est que 57 ans après l’accession à l’indépendance dans de nombreux pays, les réussites culturelles et économiques sont plus nombreuses que les succès politiques en matière de gouvernance.
Au poste de directrice régionale TV5Monde Afrique, vous avez sans doute une vision panoramique de la télévision en Afrique. Comment jugeriez-vous l’évolution de l’univers audiovisuel sur le continent ?
Le paysage audiovisuel africain a connu une accélération technologique au cours des vingt dernières années. En 1992, TV5Afrique qui n’était pas encore TV5Monde Afrique était la seule chaîne satellitaire ! Aujourd’hui, 700 chaînes sont accessibles par satellite, la majorité des chaînes nationales en font partie et peuvent désormais être regardées par leurs diasporas aux quatre coins du monde. C’est une véritable révolution ! En termes de programmation, le niveau est très inégal d’un pays à un autre. Mais la concurrence est source d’émulation. Il y aura un effet d’entraînement et ce sera tant mieux pour le téléspectateur !
Quelle influence l’envolée des télévisions et radios privées qui pullulent en Afrique, poussant les chaînes publiques à redoubler d’efforts pour leur visibilité, peut-elle avoir sur le développement de l’audiovisuel en Afrique ?
Ce développement va pousser les chaînes de télévisons publiques à investir dans la production ou à défaut à acheter des productions pour alimenter leurs grilles de programmes. La première incidence c’est que cela va structurer le marché local. Je le constate en particulier au Cameroun. Il y a quelques années, certains producteurs ont reproché à TV5Monde Afrique de privilégier la diffusion de productions d’Afrique de l’Ouest au détriment de celles d’Afrique centrale. Il n’y a jamais eu de la part de TV5Monde Afrique de volonté de marginaliser les réalisateurs d’Afrique centrale. La seule explication c’est que leurs productions ne répondaient pas aux standards de la chaîne. Aujourd’hui, nous diffusons plusieurs séries et fictions produites par des réalisateurs camerounais. Vous aurez l’occasion de les voir ou revoir à l’occasion de la programmation spéciale proposée pour les 25 ans de TV5Monde Afrique pendant le mois de juillet.
Vous avez quitté la Crtv en 1993 après avoir marqué l’histoire de la télévision nationale camerounaise en tant que première présentatrice du JT. Cela a-t-il été un choix difficile à l’époque ?
J’ai quitté la Crtv en avril 1993 ! Je devais rejoindre mon époux qui après la fin de sa mission à la DGTC rentrait en France. Ce n’était pas un choix, cela s’est imposé comme une évidence. Après douze années passées à Radio Cameroun et à la Crtv, j’avais la possibilité d’exercer mon métier dans un autre contexte. J’ai tout simplement saisi ma chance !
Comment votre transition de l’univers de la télévision camerounaise à celui de la télévision française à TV5 s’est-elle effectuée ?
Je connaissais Mactar Silla qui a été le premier directeur de TV5 Afrique et avant de quitter le Cameroun, je lui avais dit que je venais m’installer en France. Après une année sabbatique pour m’installer, être en règle avec les services de l’immigration, et repasser mon permis de conduire, j’ai été recrutée à TV5 Afrique comme chargée des programmes. Je présentais  également un magazine scientifique et réalisais des reportages pour alimenter le décrochage de deux heures hebdomadaire de la chaîne. Quatre ans plus tard, après la démission de Mactar Silla, je lui ai succédé à la tête de la direction Afrique.
A RFI, vous animez une chronique qui met en lumière des personnalités africaines ...
La direction de RFI a souhaité que je présente des personnalités dont la chaîne parle rarement. Ces têtes d’affiche sont des coups de cœur que j’ai eus au fil des voyages que je fais en Afrique. Les intéressés sont plutôt satisfaits de cette mise en lumière.
Vous avez débuté votre carrière à la radio avec Radio Cameroun, puis à la Crtv. Aujourd’hui, vous êtes sur les fronts RFI et TV5. A quel média votre préférence va-t-elle, la radio ou la télévision ?
J’aime autant la radio que la télévision ! A la sortie de l’ESIJY, parce que la télévision au Cameroun n’existait pas, j’ai commencé par faire de la radio à Yaoundé puis à Douala. Quelques années plus tard, présenter une chronique sur RFI est donc un retour à mes premières amours.
En 2014, les magazines « Forbes » et « New African » vous ont classée parmi les 100 personnalités les plus influentes du continent. Vous avez également reçu nombre de distinctions pour votre carrière, comme la Légion d’honneur en France. En quoi cette reconnaissance a-t-elle boosté votre carrière déjà très prolifique ?
Je ne pense pas que les médailles et autres distinctions aient une quelconque influence sur une carrière. Pour moi, elles traduisent le fait que votre travail est apprécié. Par ailleurs, elles vous obligent à persévérer pour ne pas décevoir les personnes qui croient en vous. C’est l’occasion pour moi de remercier les autorités des pays qui m’ont honorée : le Cameroun, le Sénégal, le Burkina Faso et la France.
 

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