Insuffisance rénale: dans le quotidien des malades

Les patients sont contraints d’être à l’hôpital au moins deux fois par semaine. La maladie est invalidante et pourtant, il faut trouver l’argent des soins.

 

Les malades soumis à l’hémodialyse doivent se rendre à l’hôpital en moyenne deux fois par semaine. Certains y arrivent le matin et n’en repartent que tard le soir. Les deux jours de prise en charge hebdomadaire sont perdus sur le plan professionnel. « A cela, il faut ajouter le repos recommandé par les médecins après chaque dialyse, généralement le jour suivant la séance. Au finish, et dans les meilleurs des cas, les malades déjà affaiblis n’ont que trois jours par semaine pour s’adonner à l’activité professionnelle », confie un malade. L’employeur, compatissant au début, finit par se lasser. Et pourtant, il faut avoir de l’argent pour se soigner. Il faut produire cet argent car, au-delà de la subvention de la dialyse par l’Etat, il y a des soins connexes obligatoires : les examens biologiques, radiologiques, cliniques et les médicaments. Certains de ces médicaments sont à prendre à vie ! Ils coûtent  cher, ainsi que les examens. « Une injection irythropetine par séance de dialyse coûte au bas mot 15 600 F, les additifs pour stimuler le sang ou renforcer les globules rouges peuvent atteindre 65 000F par semaine », confie notre source qui évalue à plus de 30 000F les frais mensuels complémentaires.

Dans plusieurs cas, ce sont les familles qui supportent ces dépenses, sur le principe de la solidarité africaine. Mais les patients se battent pour y contribuer et les expériences sont diverses. Bertrand B., dialysé depuis six ans, fait du taxi par moment. Mais c’est un travail épuisant pour lui qui a une santé délicate. Des fois, il donne des cours de répétition. Pour l’instant, il est carrément au chômage. « Notre maladie est invalidante », reconnaît-il. Guillaume M., lui, vient d’être dépisté. Il n’est soumis à la dialyse que depuis deux mois. Son corps s’adapte encore au protocole de soins. Les débuts ne sont pas faciles pour lui, raison pour laquelle, pour l’instant, il a abandonné son activité professionnelle pour ménager sa santé.  Guillaume M. est kinésithérapeute. Il a été contraint de laisser la gestion du cabinet qu’il a ouvert à ses collaborateurs pour se contenter simplement de la coordination du travail. Georges N., autre patient, a aussi dû abandonner sa profession d’enseignant pour un rôle purement administratif dans son établissement. « Je n’ai pu garder mon emploi que grâce au rapport amical et particulier que j’ai avec le fondateur », affirme-t-il.

De manière générale, il est presque impossible pour le malade soumis à la dialyse de mener une vie professionnelle normale. Ne pouvant plus avoir la même force de travail, les employeurs du privé s’en séparent pour indisponibilité et rendement insuffisant. Ceux de la Fonction publique réussissent à sauver les meubles. Dans tous les cas, ce n’est plus le même travailleur, avec les crises généralement aigües.

 

Pr. Gloria Enow Ashuntantang: « Il faut éviter les médicaments de la rue»

Néphrologue.

 

Quelles sont les causes de l’insuffisance rénale ?

Il y a deux types d’insuffisance rénale : aigüe et chronique. L’insuffisance rénale aigüe est causée par un choc soudain du rein qui entraîne son incapacité à jouer son rôle d’épuration. Lorsque l’insuffisance rénale aigüe est détectée à temps, le malade peut être pris en charge pour que cela n’évolue pas au stade de la dialyse. L’insuffisance rénale chronique, elle, est une destruction progressive du rein et entraîne son incapacité totale à jouer toutes ses fonctions. La forme chronique est irréversible. En fait, le rein a besoin de beaucoup de sang pour fonctionner, épurer tous les déchets du sang. Si ce sang n’arrive pas au niveau du rein, cela peut causer son dysfonctionnement. Et cela peut survenir dans les situations où l’on perd beaucoup de liquides comme la diarrhée, les vomissements ou les saignements. Les médicaments mal conservés comme ceux de la rue ou mal utilisés dans les hôpitaux font également partie des causes liées à cette affection. Les maladies infectieuses et aigües à l’exemple du VIH, de l’angine de la gorge, du paludisme et de l’hypertension artérielle sévère, détruisent également le rein de façon aigüe. Les causes de l’insuffisance rénale chronique sont notamment liées à la susceptibilité, notamment à l’hérédité, aux enfants de petit poids ou prématurés et les gènes drépanocytaires. Sans oublier que les personnes de race noire sont plus disposées à avoir l’insuffisance rénale que les Blancs et les Asiatiques. Ceci étant lié aux problèmes génétiques.  Les malades souffrant du diabète, de l’hypertension, du VIH, etc. sont également exposés à  la maladie chronique.

Comment peut-on prévenir la maladie ?

Pour éviter l’insuffisance rénale aigüe, il s’avère urgent d’arrêter le plus tôt possible les saignements ou la diarrhée en recevant le sang ou en s’hydratant. Il faut aussi éviter les médicaments de la rue et indigènes dont on ne connaît pas la composition. Et lorsqu’on contracte les autres infections et maladies, il faut les traiter tôt. Pour l’insuffisance rénale chronique, les causes étant liées à la susceptibilité, à l’instar de la couleur de la peau et autres, on ne peut rien changer. Par contre, on pourrait investir davantage dans la prise en charge des femmes enceintes afin d’éviter les nouveau-nés de petit poids ou prématurés. On peut également éviter le diabète, l’hypertension et des infections chroniques en menant une vie saine et en faisant du sport.

Comment peut-on vivre longtemps avec cette affection ?

L’insuffisance rénale est comme toutes les autres maladies. Si on la diagnostique tôt, le patient peut vivre comme tout le monde. Et si le malade fait déjà les dialyses, il doit respecter le nombre de dialyses à faire chaque semaine. Cela dit, la dialyse ne s’occupant que d’une seule fonction des reins, celle de retirer les déchets du sang, il est nécessaire de respecter la prise des médicaments. Si tout cela est respecté, celui-ci peut vivre comme tout le monde. Il y a par exemple des patients qui se font dialyser depuis 50 ans. Ils ont une vie normale, ils travaillent et vont à l’école, puisque c’est une maladie qui touche tout le monde.

 

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