Détournements: la course de fonds

Le roman « Enquêtes en eaux troubles » de Séraphin Deffo Deffo parle de prévarication, de traque, de réseaux.

L’auteur de « Cœur blessé » a repris la plume. Séraphin Deffo Deffo, publié une nouvelle fois aux éditions Sopecam, reste dans le roman, mais laisse les histoires de cœur pour nous plonger dans l’univers beaucoup moins rose de la corruption et des détournements de fonds publics. Un monde glauque où les prédateurs de la fortune publique sont aussi des proies, pour des justiciers spéciaux. Mais en même temps, les traqués ici ne sont pas aisés à prendre. Les poursuivre n’est pas sans risques : qui sait jusqu’où vont les connexions d’untel ? Qui sait combien sont vénéneux les tentacules d’untel autre ? Au final, chacun doit avancer avec précautions… Ça vous fait penser à un pays de la Cemac ayant décidé de mener une guerre sans merci contre la corruption et les détournements de deniers publics ? A nous aussi.
Autant le dire, l’auteur, inspecteur des Régies financières de formation (Enam, 1995), a décidé de se pencher sur le fléau des atteintes à la fortune publique, qui n’épargne pas le Cameroun. Fléau qui a appelé des réponses dans la réalité donc, et, aussi, dans le roman.
L’intrigue se noue autour d’un serviteur de l’Etat tombé en disgrâce, mais qui rebondit à la faveur d’une nouvelle et prestigieuse nomination. Le sieur Lamine, viré de son poste de directeur de la Caisse générale du Trésor est bombardé, après quelques années de traversée du désert, président du Tribunal financier. Ça vous fait penser à une juridiction spéciale de chez nous ? A nous aussi.
Mais on l’a dit, la traque des détourneurs de fonds n’est pas une sinécure. Il ne s’agit pas d’aller ramasser des escargots à la tombée du jour ou taquiner le silure dans un ruisseau à l’écoulement relaxant. Là il est question de pêcher de gros poissons, des monstres à mi-chemin entre le requin-marteau et l’anguille électrique. L’ami Lamine s’en rend d’ailleurs bientôt compte, lui qui va traquer en premier son successeur à la Caisse générale…
Dans ce roman de plus de 400 pages, l’auteur affiche une préférence pour le présent de l’indicatif comme temps de l’action, tranchant ainsi avec l’usage habituel du passé simple, réputé « temps du récit ». Pour garder son lecteur au plus près des événements ? Probablement. Ce souci semble percer aussi dans l’effort de description que déploie Deffo Deffo le long des pages. Ainsi que des ancrages dans la réalité : ce rendez-vous avec un informateur mystérieux au carrefour Obili ou cet embouteillage au carrefour Mvan feront sans doute naître des images mentales chez les lecteurs connaissant ces endroits. Rendez-vous à la fin de la course.

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