Wommen Issues : elles touchent du bois

Les femmes ne courent pas les parcs à bois, mais se font doucement et sûrement une place entre sculpture et menuiserie.

Au lieu-dit « Yoyo Bar » à la Cité verte, une entrée en terre pas loin de la route principale. Au rez-de-chaussée d’un immeuble tranquille, la demeure paisible et modeste de Fatima Megna Grenier. Au premier coup d’œil, on comprend tout de suite qu’on se trouve dans l’antre d’une artiste. Ici et là, des tableaux, meubles et statuettes en bois. L’artiste vous accueille avec le sourire malicieux, comme pour jauger son interlocuteur. Habituée à rencontrer les médias, elle n’en demeure pas moins diserte sur cette curiosité naturelle qui, dès l’âge de 9 ans, l’a poussée dans les bras de la sculpture sur bois.
Depuis lors, elle a appris à faire avec les clients. Indélicats, sérieux ou trop exigeants. Des machines qui vous lâchent au mauvais moment, de la matière première de qualité qu’on ne trouve pas toujours sur le marché, etc. Mais aussi et surtout, le regard surpris ou ahuri d’un homme se retrouvant en face d’une femme pour parler sculpture sur bois. « Beaucoup d’hommes ont été très étonnés de me voir à l’œuvre pour la première fois, surtout au début de ma formation. Ça a été difficile, mais passés ces premiers moments, ils ont commencé à s’y faire surtout que la qualité de mon travail parlait pour moi », se souvient-elle sans attache particulière, elle n’a pas trop de soucis dans l’organisation de son travail. Ce qui lui a toujours permis d’honorer les nombreuses commandes des particuliers, des institutions ou des foires, aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger.
Du côté de Nkolfoulou, la petite Barbara Eugénie Messi Ngono, son CAP dans la poche, fait ses premières armes dans la menuiserie. Elle a suivi sa formation dans un établissement spécialisé de la ville de Yaoundé. Et comme toutes les femmes dans ce qu’on croit être des métiers d’homme, elle a dû s’imposer pour aller au bout de son parcours. Le premier objet, une porte, qu’elle a fabriqué sans assistance pour sa mère, celle sans qui elle ne serait pas là où elle est aujourd’hui, reste son trophée préféré. En attendant de montrer aux uns et aux autres de quoi elle est capable. Et si Dieu lui prête vie, elle espère bien s’installer à son propre compte. La jeune Mbedzam du côté de Nkolbisson n’a pas eu la même chance. Elle a été stoppée net dans ses rêves de menuiserie par un mari qui a mis fin à son aventure. Pas question pour lui de voir sa femme dans cette « galère ». Dommage. Voilà une qui aurait pu faire admirer sa dextérité, et prouver de quoi les femmes sont aujourd’hui capables. Mais une chose est sûre, ce genre de coup d’épée dans l’eau, ne les clouera pas au pilori.

INTERVIEW

Barbara Eugénie Ngono Messi:« Il ne faut pas se laisser détourner de son but »

Menuisière.

Comment vous êtes-vous retrouvée dans la menuiserie ?
Tout a commencé alors que j’étais à l’école primaire. J’allais regarder les élèves de la SAR/SM tout à côté de mon établissement, où j’allais passer mes récréations. J’avais une pointe d’admiration pour eux par rapport aux machines de menuiserie qu’ils utilisaient sur lesquelles ils réalisaient de si beaux meubles. De la pure esthétique et cela me fascinait. Je me suis dit : pourquoi ne pas me lancer à mon tour ? C’est comme ça qu’est née ma passion pour la menuiserie.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées au début de votre carrière ?
Franchement, les débuts n’ont pas du tout été faciles pour moi. J’étais frustrée, malheureuse même quelques fois, intimidée très souvent par mes camarades du simple fait que j’étais la seule fille de notre classe. Une fille ne doit pas faire la menuiserie, disaient-ils, parce que c’est difficile pour elle de faire face aux difficultés du métier. Sans oublier les risques encourus au moment de l’utilisation des machines, ce qui nécessite une certaine maîtrise.
Quelle a été la réaction de vos proches quand vous leur avez annoncé votre intention de vous lancer dans la menuiserie ?
Plusieurs ont essayé de me décourager. Pour eux, je n’avais surtout pas les aptitudes physiques pour ce métier. Ils me voyaient dans l’industrie de l’habillement, ce serait plus facile pour moi. Mon seul soutien a été celui de ma mère. Et quand j’ai pu lui fabriquer une porte, les regards des autres ont commencé à changer vis-à-vis de moi. Plus encore, quand j’ai décroché mon Certificat d’aptitude technique (Cap). Et comme en plus j’aime faire ce qu’on pense impossible pour une femme, ça été une belle revanche pour moi.
Si vous avez un message à l’endroit des autres femmes qui aimeraient, comme vous, devenir menuisières, que leur diriez-vous ?
Sans prétention aucune, ce que je peux donner comme conseils aux jeunes filles qui aimeraient se lancer dans ce métier, c’est que quoi qu’il arrive, il ne faut pas se laisser détourner de son but, ne pas écouter les qu’en dira-t-on. Si on se laisse aller à écouter tout ce qui se dit, surtout par rapport à la supposée supériorité de l’homme, on ne fera vraiment jamais rien. Aujourd’hui, il n’y a plus de métiers réservés à tel ou tel sexe. Alors, à toutes celles qui veulent s’engager comme moi, je dis tout simplement n’hésitez pas.

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