Le cri d’un enfant soldat

 « A la guerre comme à la Game Boy » est une pièce publiée chez Lansman en 2017 par Edouard Elvis Bvouma, Prix Théâtre RFI 2017

 

Une lecture captivante. Les premières lignes de « A la guerre comme à la Game Boy », déclamés par leur auteur Edouard Elvis Bvouma pendant la dédicace de l’ouvrage le 14 septembre dernier à l’Institut Goethe à Yaoundé, frappent aux portes de la réflexion. Aux mots, l’auteur donne vie. C’est d’ailleurs logique qu’ils aient autant de vigueur. Le but ultime du texte de théâtre étant l’adaptation sur les planches. Le livre de Bvouma édité chez le très sélect éditeur belge Lansman, est le monologue d’un enfant soldat, brisé par la guerre, mais qui se refuse à sombrer. Il parle beaucoup, il parle sans arrêt, mais il ne parle pas seul. Une jeune fille, personnage invisible et pourtant omniprésent de la première à la dernière ligne, lui sert d’« interlocutrice-muette ». On baigne dans l’amertume d’un conflit sanglant entre Mounguélé-Nguélés et Kimbililis, deux tribus d’un pays imaginaire, deux frères ennemis. Dans cette violence sans limite, l’enfance et son innocence ne sont pas épargnés.
Les petits sont enrôlés, abusés, contraints de retirer le souffle de vie au camp adverse. Les 70 pages de « A la guerre comme à la Game Boy » fouillent la pensée de l’enfant-soldat, et tentent de retrouver cette candeur. Elle n’est peut-être pas totalement engloutie par la noirceur de la guerre. Il se souvient, de cette enfance figée dans l’espace-temps, le jour où les rebelles ont fait irruption chez lui pour l’embarquer dans la forêt. Son imagination bloquée dans la féérie des bandes dessinées, l’aide à se refaire un monde. « Lucky Luke », « Tex Willer », « Zembla », « Gaston Lagaffe », « Les chevaliers du Zodiaque », Gargamel, entre autres, s’emmêlent dans son esprit troublé… « J’ai voulu parler de la guerre, mais j’essaye de mettre du comique, de la métaphore », souligne Edouard Elvis Bvouma. Son personnage central a atteint le fond, le chemin de non-retour vers la normalité. Il ne sera plus jamais ce petit garçon attaché à sa maman.
« A la guerre comme à la Game Boy » a été salué par la critique. La pièce a reçu en 2016 le prix lycéen de littérature dramatique francophone, pourtant avoue le dramaturge : « En général, je n’écris pas pour un jeune public. » Cette distinction en appelait d’autres. Edouard Elvis Bvouma, a récemment été honoré du Prix Théâtre RFI 2017 avec « La poupée barbue ». Cette pièce est la suite de « A la guerre comme à la Game Boy ».

 

Edouard Elvis Bvouma: « Je suis sensible à la cause des enfants »

Prix Théâtre RFI 2017 avec « La poupée barbue »

 

Vous êtes lauréat du Prix Théâtre RFI 2017 avec « La poupée barbue ». Pour le jury, c'est une œuvre sombre mais avec de la drôlerie. Êtes-vous de cet avis ?


Tout à fait. L’histoire que je raconte à travers ce texte n’est pas du tout drôle, bien au contraire, il s’agit d’un véritable drame que vit une jeune fille en temps de guerre. Pour en parler, j’ai choisi de donner à mon personnage un langage infantile et faussement naïf, mais aussi d’en parler sans pathos, avec détachement et un peu d’humour. Ceci me permet de garder une certaine distance, vu la dureté du sujet, et permet au lecteur/spectateur de mieux recevoir la pièce.  


« La poupée barbue » est la suite de « A la guerre comme à la Game Boy ». Pourquoi faire parler la fille qui reste muette dans le premier volet de votre série ?


Le premier texte raconte la guerre du point de vue du jeune garçon. La particularité de ce premier volet, c’est justement que le jeune garçon s’adresse à la jeune fille qui n’est  pourtant pas muette, mais ne dit mot. Il me semblait donc important de lui donner aussi une parole afin que nous puissions connaître son histoire racontée par elle, comme une réponse au jeune garçon. J’ai donc écrit le deuxième volet où on découvre le triste sort des jeunes filles embarquées dans des groupes rebelles. Il s’agit à travers ce diptyque consacré à l’enfance et la guerre, de deux histoires bien distinctes mais avec deux destins qui s’entrecroisent.


Les deux pièces parlent de guerre, de violence, mais aussi de jeunes. Comment avez-vous pu saisir la fragilité des enfants soldats pour la retranscrire dans vos pièces ?


Pour écrire, seules l’imagination et les belles idées ne suffisent pas. Il faut être sensible, avoir des sentiments. C’est ainsi que je suis sensible à la cause des enfants et c’est cette sensibilité qui permet de trouver les mots justes afin de susciter des émotions chez le lecteur. 


« La poupée barbue » sera également publiée chez Lansman. Quels autres projets attendent cette pièce en rapport avec le Prix Théâtre RFI ?


L’éditeur Lansman était déjà intéressé à le publier bien avant le prix, lorsque le texte était encore en cours d’écriture. A la suite du prix, j’effectue à partir du 23 octobre prochain au Centre dramatique national de Rouen, une résidence pour l’exploration du texte sur le plateau sous la direction de la metteur en scène Lorraine De Sagazan, avec des lectures publiques les 6 et 7 novembre. Le texte sera lu au festival d’Avignon en juillet 2018 et la lecture sera diffusée sur les antennes de RFI. A la suite du prix, j’effectuerai une autre résidence à la Maison des Auteurs des francophonies de Limoges et au Théâtre de l’Aquarium à Paris mais je travaillerai certainement sur un autre texte.

 

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