Lueur du rêve américain

Le roman phénomène « Voici venir les rêveurs » de l’auteure camerounaise Imbolo Mbue offre une immersion.

Le mystère enfin élucidé. « Voici venir les rêveurs », le roman de la Camerounaise Imbolo Mbue, fantasme de tous les dévoreurs de bouquins, est de sortie. Entre les batailles d’éditeurs à la foire internationale du livre de Francfort et l’annonce de l’achat faramineux de son manuscrit par l’Américain Random House (avec une avance d’un million de dollars, environ 500 millions F), l’appétit suscité depuis deux ans est sur le point d’être assouvi. Le livre prodige est entre les mains, et la frénésie n’est encore que plus grande. Drôle de sentiment provoqué par ce roman publié en France par les éditions Belfond pour lequel tout l’univers de la littérature s’est mis en branle.

Se forger sa propre opinion, objective et sans influence, relève du défi, tant le roman d’Imbolo Mbue, 33 ans, nouvelle recrue étonnante du monde littéraire, a fait parler de lui, alors que personne n’en avait lu une seule ligne. L’euphorie de la découverte est elle aussi estompée, notamment par les nombreux détails révélés par la presse. Vous êtes une de ces personnes tentées de flanquer une gifle à ce copain qui a déjà lu un roman et qui ne peut s’empêcher d’en raconter le contenu ? Avec « Voici venir les rêveurs », la situation est presque la même. On sait, bien avant d’avoir ouvert la première page, que Jende Jonga est le héros du roman, qu’il a quitté le Cameroun pour une vie meilleure aux Etats-Unis ; qu’il est le chauffeur de Clark Edwards, un ponte de la finance ; qu’il va remuer ciel et terre pour obtenir une « Green Card »… Peut-être ! Ce roman de 432 pages n’aurait pas fait tant de bruits s’il n’avait que ces miettes à offrir.

Traduit de l’anglais par Sarah Tardy, le texte de Imbolo Mbue garde force et justesse. Le film de la vie de Jende, de sa femme Neni et de leur fils Liomi, se déroule avec empathie, et pourtant beaucoup d’espoir. Le rêve américain, ou du moins le chemin pour l’atteindre, n’a rien d’amusant, mais sur certaines séquences, l’humour est de mise. Un éclat dans ce chemin ténébreux vers la lumière. Imbolo Mbue joue sur sa capacité inouïe à narrer les personnages, les lieux, les circonstances, au point de faire grelotter le lecteur par sa description du froid de New York, de rendre plus réelles que jamais ces maisons en briques du district de New Town. Elle nous tient la main dans les artères de Harlem et nous guide au milieu des gratte-ciels interminables de Manhattan. Au fil du roman, on se prend d’amitié pour Jende Jonga, on souffre avec lui de ses péripéties, de sa relation mitigée avec son patron. Arrivera-t-il à son but, devenir citoyen américain ? On veut tant qu’il réussisse.

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