Paul Sébastien Eloundou: prodigieuse vie de cabaret

Le bassiste des célèbres « Vibrations », décédé le 18 octobre dernier des suites de maladie à 57 ans, a vécu à fond plus de 40 ans d’existence artistique.

Il aimait la basse. Il savait surtout en tirer des sonorités inédites, quand il la mêlait au bikutsi ou au makossa. Paul Sébastien Eloundou, né le 15 janvier 1960, célèbre bassiste du quatuor mythique « Vibrations », est mort le 18 octobre dernier au Centre hospitalier universitaire de Yaoundé (CHU). Il perdait ainsi plusieurs semaines de lutte contre  la maladie. Malgré la disparition en 2014 de Mevio, chef d’orchestre et pilier du groupe d’instrumentistes, Eloundou a continué de tenir allumée la flamme des « Vibrations ». Une page, ou peutêtre toute l’histoire de cette formation talentueuse se ferme avec sa mort. Car l’énergie qu’il a mise dans ce groupe est impressionnante. Sa vie musicale aussi. A l’âge de 12 ans, Eloundou dit « Michigan » en hommage à une marque de guitare basse qu’il a particulièrement appréciée, fabrique sa première guitare. Quand un de ses voisins achète une guitare acoustique, il s’installe presque chez lui.

Pour contourner ses parents qui souhaitaient qu’il aille à l’école, il s’inscrit à la chorale de la mission catholique de Nlongkak à Yaoundé, son quartier. C’est dans cette chorale qu’à 15 ans, il va toucher à une guitare basse électrique. Il y trouve une basse, mais aussi un mentor, du nom de Dieudonné Ondigui. Ce dernier le familiarise aux accords. A 17 ans, Eloundou se lance dans une carrière professionnelle au cabaret « Le Monopole », situé au quartier Ayene à Yaoundé. Une vie de cabaret s’enchaîne avec ensuite « Le Negresco » à Mvog-Mbi, qu’il quitte plus tard pour « Le philanthrope » à Mvog-Ada, une référence au Cameroun et au-delà, portée par Roger Sabal et Moustik Ambassa. Puis c’est l’aventure au Nigeria. Elle sera courte. De retour au Cameroun, il intègre le cabaret « Eldorado » de Nkomo, avec des musiciens comme Vincent Effila. Puis ce sera le Porter 39 du côté de Warda, ensuite « Ozila » à Vallée Nlongkak. Il y rejoint Mekongo Président réputé très exigeant, et se met à son école. Eloundou et le deuxième bassiste du concept des « Vétérans » à MvogAda, où il s’initie à la basse du rythme bikutsi. « Sa connaissance des instruments traditionnels et ses acquis glanés à se frotter aux musiques du monde, rendait sa basse si particulière dans le bikutsi », se souvient Victorien Essono, ami de longue date. Si  plusieurs cabarets huppés verra sa touche, c’est à« Cascade » que la carrière d’Eloundou prend un tournant décisif, avec la naissance du groupe « Vibrations ». Mevio à la guitare, Césaire au clavier, Jean Jacques Tata, à la batterie, et Eloundou à la basse, évi demment. Avec leurs interprétations instrumentales, ils redonnent une nouvelle vie aux chansons d’artistes comme Manu Dibango, Vincent Nguini, Richard Bona... Nombre d’entre eux viennent les écouter et jouer avec eux. Quand le groupe fait un break après la fermeture du « Carrefour de la joie »par les autorités, chaque membre s’illustre de son côté. Le propriétaire de « La Réserve » ancien habitué de « Cascade », veut reconstituer ce quatuor des Vibrations qu’il a tant aimé. La mort de Mevio, la fin de « La Réserve », entameront l’homme sans exterminer le talent. La disparition de Paul Sébastien Eloundou signe sans doute la conclusion d’une ère.

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