« Je chanterai jusqu’à ce que Dieu me demande de me taire »

François Misse Ngoh, Artiste musicien.

45 ans de musique et 39 albums. Comment expliquer une telle inspiration ?

L’inspiration est divine, elle vient de Dieu. Le Seigneur a beaucoup agi en moi à travers des œuvres que j’ai réalisées. J’étais encore très jeune à l’époque et je suis conscient que le Seigneur m’a donné une inspiration formidable. J’ai compris que le travail que j’ai abattu jusqu’ici ne venait pas de moi. C’est la raison pour laquelle je suis reconnaissant à l’égard du Tout-Puissant.

La dernière fois que vous avez été sous les feux des projecteurs, c’était en 2009 pour la célébration du 39e anniversaire de carrière. Qu’avez-vous fait entre temps ?

J’ai sorti un album « Opération épervier » durant cette période qui n’a pas beaucoup plu à plusieurs personnes. Tout simplement parce qu’il dénonçait certaines pratiques dans notre société. Raison pour laquelle, je n’ai pas trouvé nécessaire de faire sa promotion. Entre-temps je suis resté le même. Je suis sur le point de mettre sur le marché un nouvel album d’ici un ou deux mois. En tant qu’agriculteur, je me suis aussi occupé de mes plantations. Au Cameroun, la musique ne peut pas tout donner à l’artiste. Je me suis attelé à d’autres choses et je reste un peu à l’écart parce que les gens pensent que c’est la fin de la carrière. Mais j’ai chanté, je chante et je chanterai jusqu’à ce que Dieu me demande de me taire. Je donne des spectacles un peu partout.

La célébration de vos 45 ans de carrière verra sans doute la participation d’artistes avec lesquels vous avez souvent collaboré. Quel a été leur apport dans votre style ?

Il y a toujours eu à certains moments des rapprochements entre les musiciens. Quand j’écoute le blues par exemple, cela m’incite à suivre ce modèle. A l’époque, aucun artiste ne pouvait chanter sans se référer à Ekambi Brillant. C’est un chanteur qui a marqué les esprits et surtout à l’époque au Cameroun et même au-delà de nos frontières. Des artistes africains de renom ont interprété ses plus grands titres et cela en dit long.

Vous avez souvent déclaré vouloir emprunter la voie de monuments comme Nelle Eyoum ou Charles Lembé. Quel héritage avez-vous tiré de leur musique ?

Nelle Eyoum est une très grande référence et j’ai appris beaucoup de lui. A commencer par le jeu de  guitare, car il était un grand guitariste surtout dans le domaine traditionnel. Sa façon de manier la guitare était tellement belle que tout musicien de l’époque commençait d’abord par jouer ce makossa et c’est ça qui donnait le doigté de jouer ce rythme. J’ai puisé à sa source pour me perfectionner à ma façon. Idem pour Charles Lembè qui avait un autre style, pas le makossa. C’était un style tout à fait différent. Il ne jouait pas beaucoup les rythmes saccadés, mais plutôt des rythmes reposants et j’ai interprété certaines de ses chansons. Pour moi, ce sont de très belles mélodies qui ne meurent pas et ce sont des chansons que j’interprète chaque fois que je me produis dans les cabarets.
Vos chansons parlent d’amour et de nombre d’autres sujets parfois militants comme avec l’album « Opération épervier ».

Qu’est-ce qui peut pousser François Misse Ngoh à se pencher sur des sujets engagés comme la corruption, entre autres ?

Tout simplement parce que ce sont des sujets qui font mal à tout le monde. Je suis aussi concerné. J’estime que si je ne peux pas vivre de mon art, c’est parce qu’il y a la corruption dans ce pays. Un petit exemple sur les droits d’auteur qui ne marchent pas. Parce que tout le monde est corrompu. Si seulement les gens pensaient aux autres, on aurait tout fait pour endiguer ce fléau. Ce sont des choses inacceptables et à certains moments, l’artiste est obligé de dénoncer ces fléaux qui ternissent l’image du Cameroun et empêchent notre pays d’avancer. Sauf  que certains nous narguent en disant que  « le chien aboie, la caravane passe ».

Le droit d’auteur justement au Cameroun connaît une nouvelle ère. Vous vous êtes souvent prononcé sur la question. Que pensez-vous de la toute nouvelle SONACAM ?

Le gouvernement nous a donné la SONACAM et quelle que soit la personne qui dirigera cette société, je suis partant. Parce que je veux vivre de mes droits. Les conflits entre tel ou tel artiste ne me concernent pas. Si cette société peut progresser et nous apporter des lendemains meilleurs, ce serait une bonne chose et tant pis pour ceux qui pensent qu’ils sont appelés seuls à diriger les droits d’auteur parce que c’est l’idée que certaines personnes ont dans la tête. Elles sont prêtes à tout casser. Je suis de ceux qui veulent que le pays avance ainsi que les droits d’auteur.

 

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