Pauline Eyébé Effa: « Nous permettons aux maires de s’engager à créer des richesses »

Coordonnatrice nationale de l’ONG Partenariat France et Afrique pour le co-développement (PFAC).

Vous êtes spécialiste de l’économie sociale, un concept très peu connu des Camerounais. A quoi renvoie-t-il ?

Justement, le concept d’économie sociale et solidaire renvoie à cette démarche pour la valorisation des activités que mènent les petits acteurs depuis la base. Il faut donc créer des dynamiques inclusives dans les territoires pour renforcer ces activités et créer des richesses localement en autonomisant ces petites mains qui, en restant isolées, demeurent vulnérables. Le concept est déjà une réalité au Cameroun à travers le chantier que mène notre ONG et qui consiste d’abord en la structuration locale pour créer ce cadre inclusif sans lequel les actions en direction des petits acteurs demeurent disparates.

Que faut-il retenir en ce qui concerne le développement local ?

Le développement local impose cette démarche « bottom-up » qui permet de repenser notre développement dans le bon sens c’est-à dire à partir de la base. Je vais évoquer ici le concept de « premier développement ». C’est le développement des Hommes, pas dans le sens du développement humain en chiffres des Nations unies. Il s’agit du développement de chaque âme du territoire. La somme des développements des femmes et des hommes d’un territoire boostera le développement de ce territoire. Cette démarche sera différente de ce qui se fait jusqu’ici où on pense le développement (même) local depuis le sommet, y compris ses outils et lorsqu’il arrive à la base, il n’y a pas d’impact.

Quel est votre regard sur l’évolution de ces concepts au Cameroun ?

L’évolution de ces concepts est une réalité aujourd’hui. Une réalité méconnue ou simplement et volontairement ignorée. Ne pouvant pas les dissocier, selon l’approche précédemment décrite, nous travaillons depuis 208 à la structuration des communautés au sein des communes. Nous en avons déjà structuré dans 218 communes sur les 360 que compte le pays. Nous  organisons dans chaque localité un réseau local d’économie sociale et solidaire (RELESS). Il est en fait un réseau coopératif local où les acteurs se regroupent en filière et en secteur d’activité. Ceci a poussé les maires à se constituer en réseau : le Réseau des maires camerounais pour l’économie sociale et solidaire (REMCESS), le tout premier réseau des CTD d’ESS en Afrique. En une année et demie d’existence, ce réseau compte 189 membres adhérents.

Décentralisation rime justement avec économie sociale et solidaire. De manière précise, comment l’économie sociale peut-elle participer à l’effectivité de la décentralisation au Cameroun ?

Sur un plan local, l’économie sociale et solidaire crée un écosystème à travers un cadre inclusif et dynamique. C’est le RELESS. Ce cadre donne  la visibilité à l’exécutif communal sur le potentiel économique existant sur le territoire. Ceci permet donc au maire de s’engager pour créer des richesses localement. La commune a vocation à accompagner cette dynamique afin d’en faire un partenaire économique à part entière. Tout le monde y gagne. N’est-ce pas là l’une des priorités de la démarche de décentralisation ? Permettre l’autonomisation des CTD.

Quels sont les leviers à activer pour booster l’économie sociale et solidaire dans notre pays ?

Le premier levier à actionner est la mise en place de cet écosystème qui crée ce cadre d’action. En d’autres termes, il faudrait aujourd’hui consolider l’existant. Dans chacun des RELESS, il existe au moins une trentaine de sociétés coopératives, tous secteurs confondus. Ce sont des entreprises locales en gestation qui mobilisent déjà leurs parts sociales. Nous sollicitons en collaboration avec le REMCESS (les maires des structures qui pourraient permettre cette consolidation, les intéressés ayant déjà fourni un effort pour mobiliser leur capital et ouvrir leur compte bancaire et la première personne vers laquelle elles se tournent généralement c’est le maire. Le challenge aujourd’hui réside dans l’accompagnement. Les ministères en charge de ces questions ont du pain sur la planche.
 

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