Ethiopie: l’avenir en questions…

Depuis le 2 avril dernier, l’Ethiopie a un nouveau Premier ministre en  la personne  d’Abiy Ahmed. Et depuis la chute du régime de Mengistu Hailé Mariam en 1991, l’avènement d’un chef de gouvernement n’a suscité autant de commentaires, de craintes, mais aussi d’espoirs.

Il faut souligner que ces dernières années,  le climat politique et social est tendu en Ethiopie. Concrètement depuis 2015, le pays est secoué par d’importantes manifestations antigouvernementales.

Elles sont surtout animées par des Oromos et des Amharas (35 % de la population éthiopienne pour chaque communauté), qui contestent la surreprésentation des Tigréens (6 % de la population)  au sein du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF), la coalition au pouvoir.

Abiy Ahmed est le premier ressortissant Oromo à occuper le poste de chef de l’exécutif éthiopien depuis des lustres. Le pays tout entier fonde de grands espoirs en lui pour rétablir un minimum de stabilité.

L’Ethiopie est en effet minée par des tensions. Au-delà des revendications des Oromos et des Amharas, il faut  réconcilier les plus de 80 ethnies éthiopiennes et mettre en œuvre des réformes démocratiques.

Les populations souhaitent ressentir les retombées économiques d’un pays au fort potentiel. Il est également question de permettre aux Ethiopiens de pouvoir s’exprimer. Ces dernières années, les régimes en place sous Meles Zenawi ou Hailemariam Desalegn se sont toujours montrés particulièrement sévères vis-à-vis de leurs opposants ou de la presse.

  La marginalisation économique et  le désir de démocratie a plongé le pays dans une situation de quasi insurrection. Et c’est à la suite des remous qui ont débuté en 2016 que l’on a abouti à l’alternance au sein de l’EPRDF.

Mais début 2018, le régime a pris des mesures d’apaisement, procédant notamment à la libération de dizaines de prisonniers politiques et de journalistes. Pourtant, la situation sociale ne s’est guère améliorée.

Le rejet des Tigréens reste important. En somme, le nouveau chef du gouvernement Abiy Ahmed est surtout attendu sur le terrain de la réconciliation.  Lui l’Oromo, devra se hisser au-dessus de la mêlée et susciter un auprès de ses compatriotes, un sentiment d’appartenance à une même nation.

Davantage, il est question de modifier les tendances autocratiques profondément enracinées de l'EPRDF. L’Ethiopie qui ambitionne d'accéder au statut de pays à revenu intermédiaire d'ici 2025 ne peut pas se permettre de demeurer longtemps dans l’instabilité. Le nouveau Premier ministre devra rétablir le lien de confiance entre le peuple et son gouvernement.

La levée de l'état d'urgence est ainsi un préalable essentiel.  Le  nouvel état d’urgence, décidé il y a quelques semaines et en vigueur en principe pour six mois ne fait pas l’unanimité. 

Dans la pratique, Meles Zenawi (1991-2012) et son successeur  Hailemariam Desalegn ont parié sur la réalisation de grands chantiers pour impulser l’économie nationale et attirer les investissements étrangers pour distribuer les dividendes au peuple.

Mais jusqu’ici les fruits se font attendre. Et c’est dans cet environnement que la colère a éclaté. Aujourd’hui, c’est un vent d’incertitudes qui souffle sur l’Ethiopie. Abiy Ahmed sera jugé au pied du mur.
 

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