Marketing de réseau: ces «formations» rémunérées qui prospèrent

 Le phénomène apparu depuis plusieurs mois à Yaoundé draine des foules immenses au quartier Ahala, au quotidien.

Mida. Le mot est quasiment sur toutes les lèvres à Yaoundé depuis plusieurs mois. « J’en ai entendu parler par ma sœur cadette, enseignante, qui souhaitait que je lui prête 100 000 F pour y adhérer. Elle m’assurait qu’au bout de deux semaines, elle ne recevrait pas moins de 500 000 F et pourrait me rembourser aisément. Méfiante,  je n’ai pas accédé à sa demande », avoue un cadre d’entreprise.

« Moi, c’est par une collaboratrice que j’ai découvert Mida. Ma collaboratrice avait abandonné son poste pour suivre les formations proposées par cette institution. Elle me disait alors que pratiquement tout Yaoundé y est », assure un autre responsable d’administration.

Ce lundi 9 mars 2018, leurs dires se vérifient. En effet, le lieu-dit « Repos du chef » au quartier Ahala, où se trouve le siège de la Mida (Mission d’intégration et de développement pour l’Afrique), grouille de monde. Il y a là des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes. Avec ou sans emploi. Certains sont là depuis 4 heures du matin, se donnant ainsi des chances d’être reçus.

Cette marée humaine bouscule  pour se faire inscrire à la huitième vague des formations rémunérées offertes par l’institution. Appâtés par le gain facile d’argent, ils sont des milliers à souscrire à ces formations, participant même à plusieurs sessions. Ceux qui y ont déjà accédé avouent avoir été bien payés. Ce qui suscite des interrogations autour de ce mécanisme.

« Le système relève du marketing de réseau. Je suis formé et payé. Par la suite, je fais former d’autres personnes et je touche des commissions pour les avoir emmenées. Concrètement, chaque candidat doit débourser 12 500 F pour participer à la formation.  Au cours de celle-ci, le postulant dépense environ 13 000 F supplémentaires représentant les frais d’achat des documents de formation et des gadgets. La formation qui dure une semaine porte sur le secourisme et à son terme, l’apprenant perçoit 63 000 F », explique une source introduite.

Dans le cadre de la cinquième vague par exemple, 1 800 jeunes formés avaient reçu la somme de 2, 250 milliards de F au mois de février dernier. La Mida offrant la possibilité à chacun d’inscrire un nombre indéterminé de personnes et de toucher des commissions non négligeables sur chacune d’elles, c’est par villages entiers que d’aucuns procèdent. « Nous voyons des « grands » venir ici inscrire 50, 100 personnes et plus. Ils inscrivent leurs amis, collègues, parents… », s’indigne un nommé Franck, conducteur de mototaxi, dans les rangs depuis plusieurs jours. Non loin de là, le parking réservé aux visiteurs est parlant au regard de la qualité des véhicules qui s’y trouvent.

Les riverains observent les activités de l’institution avec circonspection. La prévention des crises civiles et militaires, objectif affiché de l’institution surmontant un logo composé d’une croix sur une couronne sous laquelle se trouve une épée de couleur rouge sang frappée d’une boule brillante ne semble pas les convaincre. « Leur histoire là est trop facile. Servir autant d’argent aux gens sans qu’ils ne fournissent de véritables efforts ?

Il y a quelque chose qui me gêne dans cette affaire… », insiste Brice N., habitant du quartier, soupçonnant les manœuvres de recrutement d’une secte pernicieuse ou d’un blanchiment d’argent. Déjà, les autorités administratives de la capitale enquêtent, sous la conduite du préfet du Mfoundi, Jean Claude Tsila. Elles ont tenu des réunions sur le sujet de lundi à mercredi. Les responsables de la Mida n’ont déféré à aucune de leurs convocations jusqu’au moment où nous mettions sous presse.
 

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