Guinée-Bissau: l’instabilité politique perdure

Sept. C'est le nombre de Premiers ministres nommés en Guinée-Bissau en trois ans. Cette statistique illustre la situation d'instabilité qui prévaut dans ce pays d'Afrique de l'ouest. La Guinée-Bissau traverse une zone de turbulences politiques depuis que le président José Mario Vaz a décidé en août 2015 de destituer Domingos Simoes Pereira, chef du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau (PAIGC) de son poste de Premier ministre. Cette situation n'aurait pas dû arriver, car les deux hommes sont membres du même parti. Mais il se trouve qu'ils ne s’entendaient plus sur la direction du pays. Entre les deux hommes la rivalité était notoire. Et le régime semi-présidentiel, qui fait du Premier ministre le véritable homme fort du pays, n'a pas arrangé les choses. C'est ainsi que le patron du Parti majoritaire, le  PAIGC, pouvait se permettre d'entraver l'action du président.

Depuis lors, José Mario Vaz a  nommé plusieurs chefs du gouvernement, dans l'espoir d'en trouver un qui partagerait sa vision. Et c'est cette incessante quête de l'oiseau rare qui a plongé la Guinée-Bissau dans une véritable impasse depuis plusieurs années. Entre les querelles internes au sein du PAIGC, parti majoritaire a l'assemblée nationale et les autres formations politiques qui siègent au parlement, la classe politique de la Guinée-Bissau  n’a pas cessé de faire étalage de sa désunion. La situation tendue qui prévaut depuis plusieurs années a conduit les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à s'impliquer fortement pour tenter de résoudre le problème. Mais jusqu'à ce jour rien ne laisse penser que l'accalmie soit de retour. Davantage, la CEDEAO a même dû sanctionner certains acteurs politiques pour espérer infléchir les positions.
Par ailleurs, dans son dernier rapport publié début février, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, déplorait que «les tensions n’aient cessé de monter» dans cette ancienne colonie portugaise d’Afrique de l’Ouest. C'est donc dans un climat d'incertitudes que les Bissau-guinéens attendent les prochaines élections législatives qui selon la Constitution doivent avoir lieu quatre ans après celles d’avril 2014. C'est ce scrutin qui devrait doter le pays d'une nouvelle majorité pour remettre la Guinée-Bissau en ordre de marche. Le hic c'est qu’à ce jour les conditions de l'organisation d'un scrutin crédible ne semblent pas réunies.

Toujours est-il que le Conseil de sécurité de l’ONU a prorogé pour un an, jusqu’au 28 février 2019, le mandat du Bureau intégré des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (Binugbis). Ce bureau a pour mission « d’appuyer les opérations électorales afin d’assurer, en 2018, la tenue d’élections législatives ouvertes, libres et crédibles (...) dans les délais prescrits par la loi », selon la résolution 2404 adoptée à l’unanimité des membres du Conseil. La classe politique entendra-t-elle raison ? Rien n'est moins sûr.

Le président José Mario Vaz, pour un retour de la stabilité dans son pays, a bien nommé comme Premier ministre de consensus, Aristides Gomes. Il a en outre fait part à ses pairs de la CEDEAO de la programmation des élections législatives pour le 18 novembre prochain. Mais rien de tout cela ne suscite l'enthousiasme des observateurs qui s’accommodent  de moins en moins du manque de volonté politique et de bonne foi de la part de certaines parties prenantes. Tant et si bien qu'aujourd’hui la Guinée-Bissau reste dans le flou.

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