L’identité, oui. L’Unité, absolument

Alors que l’un des moments les plus solennels de l’année se profile, la fête de l’Unité, on ne peut s’empêcher de revisiter la situation particulière qui prévaut à l’Extrême-nord et à l’Ouest du pays. A l’Extrême-Nord, le Boko Haram, aujourd’hui, estropié et exsangue, croyait pouvoir instaurer un sanctuaire islamiste, qui régirait aussi bien la cité que les consciences.

Un véritable affront, dans un pays aussi ouvert que le nôtre, où la liberté de culte et la tolérance religieuse sont elles-mêmes sacralisées. Au Sud-ouest et au Nord-ouest, les sécessionnistes depuis de longs mois, dédaignent les réformes systémiques proposées par le gouvernement, suite aux revendications des avocats et des enseignants. Ils optent pour la violence et le défi à l’autorité, dans la crainte de voir leur singularité se fondre dans la République. C’est du moins la raison officielle de cet irrédentisme.

Dans un cas comme dans l’autre, ces postures insoutenables quel que soit le prisme de lecture, imposent aux populations des violences et des contraintes injustifiées et portent atteinte à leurs droits fondamentaux : droit d’aller à l’école, de voyager, de mener ses activités commerciales, de vivre en paix. En ce sens, elles sont attentatoires à leur liberté même et subtilement destructrices pour la cohésion sociale, et le vivre-ensemble.

Que l’on ne s’y trompe pas : c’est l’unité du pays, son existence et ses fondements, qui sont en jeu. En cette veille de fête nationale, les Camerounais doivent en avoir pleinement conscience.
En effet, les sécessionnistes ne visaient pas moins qu’un scénario de désintégration ou de déstabilisation. Ce projet fou a connu un cuisant échec, créant une véritable impasse idéologique pour ses théoriciens que le désespoir a menés à la violence armée.

Fort heureusement, Paul Biya, à qui le peuple a confié le mandat de maintenir le pays uni, stable et prospère, a donné les réponses les plus appropriées et les plus vigoureuses qui soient, initiant diverses instances de dialogue et mettant à contribution les forces de sécurité au moment où se dessinait la dérive terroriste. Dans un seul but : protéger les populations victimes d’intimidations et de harcèlement, préserver l’intégrité du territoire.

Il faut bien l’admettre : le dialogue ainsi entamé a déjà produit des fruits, des réformes structurelles dans l’éducation et dans le système judiciaire ; des créations de nouvelles institutions, des nominations. Et une réelle volonté politique de rendre l’administration bilingue. Il en produira sans doute encore, preuve qu’il y a d’autres ressorts que la violence pour assurer le changement social. Mais il est important de se positionner comme un pays qui a la volonté, la force et le courage de protéger sa liberté et son unité.

La paix, comme l’unité, nous est précieuse. Elle fait en réalité partie de notre être profond. C’est notre ADN.
Mais si l’unité est si primordiale aux yeux de tous les Camerounais, comment comprendre que certains n’hésitent pas à l’exposer au brasier des revendications identitaires ? Autrement dit, l’objectif du projet sécessionniste étant de pulvériser l’unité nationale, ne devrait-on pas assister à travers le pays, à un concert de condamnations de ces extrémistes et de leurs exactions, bien au-delà de la majorité présidentielle ?

Ne devrait-on pas entendre plus de voix autorisées dans la sphère politique et la société civile, pour exiger que l’école, lieu de liberté par excellence, où se formatent les mentalités, ne soit plus la principale cible des terroristes, qui opposent scandaleusement le droit à la dissidence au droit à l’éducation ?

Il n’y a pas si longtemps, au plus fort de la piqûre du Boko Haram, dans le nord du pays, de nombreux groupes et personnalités avaient, après un temps d’effroi, condamné haut et fort une conception passéiste de l’Islam, aux antipodes de notre pratique religieuse, et les tragédies provoquées par ce prosélytisme guerrier.

Assez curieusement, peu de voix s’élèvent aujourd’hui, ou si timidement, contre la violence aveugle qui prend les représentants de l’Etat pour cibles, condamne à mort ou pousse à l’exode des innocents dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Qu’on se comprenne bien : il ne s’agit pas, comme certains hommes politiques l’affectionnent, d’appeler à la rescousse les instances internationales pour demander leur arbitrage, tout en entretenant à l’intérieur une ambigüité dans le discours qui peut apparaître comme une légitimation d’actes condamnables au regard de la loi. 

Cela est valable au Cameroun comme partout ailleurs dans le monde : lorsque des citoyens prennent les armes contre leur propre pays, il appartient à l’Etat de rétablir l’ordre et d’essayer de les ramener à la raison. A cet égard, soyons assez clairs : nous ne devons jamais nous accommoder ni de la violence des terroristes, ni de celle des forces de l’ordre.

Le communiqué rendu public mercredi par le ministre de la Défense, informant l’opinion nationale et internationale de l’ouverture d’une enquête sur des excès supposés des militaires dans le Sud-Ouest, est un bon indicateur de la prise de conscience par l’Etat que le respect des droits humains par les forces de sécurité crédibilise le pouvoir et sécurise les populations, qui en ont bien besoin.

Pourquoi tant de radicalisme, de non-dits ? Sans doute  nombre de nos compatriotes considèrent-ils comme indissolubles dans l’identité nationale certains fragments de nous-mêmes, de nos us et coutumes, mis bout à bout pour constituer un destin commun. Dans un pays aussi composite que le Cameroun, concentré de cultures, de langues et d’influences, le sort du vivre-ensemble dépendrait donc en partie de ce que nous croyons être. De nos identités. En l’occurrence, l’anglophonie et la francophonie,  héritées d’une double colonisation, ne peuvent pas - ne devraient pas – hypothéquer notre unité. Car si nous sommes bien cela, anglophones et francophones, parce que nous avons été élevés dans ces cultures et langues, nous sommes aussi sahéliens, côtiers, bantu, pygmées, doualaphones, bassaphones, bayanguiphones, mbophones, etc. De fait, nous constituons tout cela à la fois : un agrégat de français et d’anglais, de bafang, de mousgoum, de chrétiens, de musulmans, d’animistes, d’athées…

Devrions-nous alors offrir nos vies en holocauste pour un héritage colonial, certes partie intégrante de nous-mêmes, mais que des Camerounais ont combattu il y a 60 ans au point d’y sacrifier leur vie ? Ce serait absurde. C’est à croire qu’avec cette crise, on assiste à un jeu d’ombres et de lumières. Une chose est certaine : l’unité du Cameroun a toujours reposé sur une conception multiculturaliste de la société, sur une politique d’équilibres et de représentativité des entités socio ethniques dans toutes les strates de l’appareil d’Etat, et sur le loyalisme de l’armée.

Depuis une trentaine d’années, l’unité nationale s’incarne en particulier dans la personne du Président de la République, son aura, et sa vision de patriote. On peut parier que celle-ci ne volera pas en éclats suite à cette période trouble. Mais on peut subodorer que la proximité du scrutin présidentiel explique bien des intransigeances, mais aussi bien des silences.
 

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