André Mama Fouda:« Satisfaction à l’issue de cette mission »

Ministre de la Santé publique.

 

Monsieur le ministre, après 10 mois au Cameroun, la mission humanitaire de Mercy Ships s’achève. Quelle évaluation en faites-vous ?


Nous avons reçu pour la première fois au Cameroun une mission humanitaire qui a passé 10 mois contrairement à d’autres missions qui mettent une à trois semaines. Les soins que nous souhaitions apporter ont été bien ciblés. Il s’agissait de chirurgies complexes, de chirurgies qui concernaient des affections invalidantes pouvant conduire au décès. Mais il était question surtout de types de chirurgies pour lesquelles nous n’avions pas de spécialistes. Le bilan que je fais à l’issue des dix mois est une satisfaction d’avoir rempli le cahier de charges donné par le chef de l’Etat qui avait prescrit que les populations pauvres venant des dix régions du pays bénéficient des soins. Ce qui a été le cas à Douala. Deuxième élément du bilan, c’est qu’il n’y a pas eu de couac en ce sens que personne ne se plaint sur le monnayage des soins prodigués, que ce soit lors des identifications ou lors du transport des régions d’origine vers Douala et du retour. Ou du séjour des patients hébergés dans la ville ou lors de l’opération. Des milliers de personnes ont été soulagées de leurs souffrances. A l’exemple de celles qui ont pu recouvrer la vue grâce aux opérations des cas de cataracte bilatérale. Il y a des femmes qui ont retrouvé leur vie sexuelle suite aux opérations de fistules obstétricales. Sans oublier de jeunes enfants qui ont retrouvé leur motricité ou ces personnes opérées qui avaient des tumeurs maxillo-faciales et qui n’étaient plus intégrées dans la société. Le renforcement des capacités des médecins et des infirmiers n’était pas en reste, avec plus de 1 300 personnels médicaux qui ont été outillés dans divers domaines.


A un certain moment, il y a eu une faible participation des femmes victimes de fistules obstétricales. Les différents appels lancés par le gouvernement ont-ils été entendus au point d’atteindre l’objectif de 500 patientes ?


Une femme souffrant de fistule obstétricale est une personne marginalisée dans la société. Celle-ci, par exemple, ne prend pas de transport en commun. Nous pensions qu’il était possible d’opérer 500 patientes, nous n’avons malheureusement pas atteint cet objectif. 170 femmes ont subi des interventions chirurgicales. La difficulté était justement liée au transport de ces patientes des régions très éloignées vers Douala. Notre stratégie sera d’aller vers ces femmes dans les villages afin de les prendre en charge en toute sécurité dans un hôpital présentant le plateau technique adéquat. C’est un phénomène qui existe dans notre société et nous savons que plus de 1000 femmes en souffrent et nous nous devons de soulager leurs souffrances pour qu’elles retrouvent leur dignité. Et pour qu’il n’y ait plus de fistule au Cameroun, il est important de sensibiliser nos communautés pour mettre un terme aux mariages et aux grossesses précoces.
De nombreux malades se sont précipités au port de Douala, en dehors des circuits règlementaires, à l’arrivée du navire hôpital.

 

Comment ces cas ont-ils été gérés ?


Il y avait un point d’accueil des malades venant des régions préalablement recensées. Certains malades étaient également arrivés par leurs propres moyens. Et dès les premiers jours, il a fallu discipliner les uns et les autres. Des cas urgents ont été pris en charge parce qu’il y avait un risque de perte de la vie. Ces personnes qui sont arrivées dans ces conditions ont pu être réinsérées. Il y avait à peu près 20% de patients de plus que ceux qui étaient attendus. Il y a eu des désistements, ce qui a favorisé l’incorporation de ces malades.


L’affluence des personnes atteintes de maladies rares lors de cette opération a bien montré qu’il y a un besoin réel. Maintenant que Mercy Ships s’en va, comment de tels cas seront-ils désormais pris en charge ?


Les maladies rares sont nombreuses. Certains cas ont été traités, mais pas toute la panoplie des maladies rares. Cette mission traduit la volonté tracée par le chef de l’Etat, à savoir de conduire notre pays vers un système de santé universel, est plus que d’actualité. Certes, cela a un coût élevé et il faudra s’organiser pour qu’on puisse faire jouer la chaîne de solidarité nationale en contribuant chacun selon ses moyens. Pour cela, il y a des possibilités de réponses qui se dessinent déjà. Concernant par exemple la chirurgie maxillo-faciale, un certain nombre de spécialistes ont vu leurs capacités être renfoncées. Cela a également été le cas du problème de fistules obstétricales où la prise en charge était limitée à quelques chirurgiens urologues. Ce qui n’est plus le cas actuellement, grâce à la formation d’autres spécialistes. Le seul handicap reste la disponibilité des moyens financiers. Raison pour laquelle la couverture santé universelle est l’une des solutions à arrêter pour que le panier de base des soins et des services soit amélioré.

 

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