« La rue n’offre plus aucune sécurité »

Jean Pierre Edjoa, Directeur de la protection de l’Enfance au ministère des Affaires sociales.

Les députés juniors sont les cibles essentielles de sensibilisation à l’occasion de la Journée internationale contre le travail des enfants. Pourquoi ce choix ?

Il faut d’emblée préciser que cette Journée se célèbre au Cameroun dans la mouvance d’une autre : la Journée de l’Enfant africain. Et dans cette perspective, les députés juniors sont actuellement à Yaoundé pour leur traditionnel parlement. Le ministère des Affaires sociales a prévu un entretien avec eux sur la problématique du pire travail et de la traite de l’enfant. Les enfants sont un élément-clé dans la sensibilisation contre le travail qui les avilit. Les députés juniors ont un mandat et nous voulons passer par eux pour transmettre le message que les enfants ne doivent être ni complices, ni victimes de cet avilissement. S’ils adhèrent à ce combat, c’est un gain pour cette journée. Alors l’entretien que nous envisageons avec eux est une action de sensibilisation forte et de prise de conscience contre le travail qui porte atteinte à la dignité de tous les enfants.

Un enfant qu’on envoie dans la rue avec un plateau d’arachides pour aider à arrondir les fins du mois doit-il se rebeller ?

Il faut faire la différence entre un travail à but de trafic et un travail socialisant. Les travaux domestiques permettent à l’enfant de s’initier à la vie active. Aller au champ, faire des tâches ménagères, etc. n’a rien d’incompatible avec le bien-être de l’enfant. C’est l’initiation à la vie en société. Mais le même enfant qu’une tante arrache à son milieu et l’affection de ses parents pour le transformer en une bête de somme en ville sous prétexte de lui offrir une chance est un trafic pur et simple. Un trafic qu’une Journée comme celle-ci proscrit car les travaux auxquels les enfants sont soumis généralement sont incompatibles avec leurs âge. L’activité dont vous faites allusion participe très souvent du vagabondage auquel ces enfants sont contraints par leurs propres parents. Ce sont très souvent des mineurs âgés de moins de 14 ans qui errent dans la ville à longueur de journée, s’exposant à toutes sortes de risques : viol, vol, enlèvement, etc. Que vaut le gain recherché par rapport à ces risques? Les parents brandissent à tort cet argument parce que l’environnement a changé : le voisin s’est mué en loup. La rue n’offre plus aucune sécurité. Dans ce contexte, il faut aussi changer de paradigme et bien mesurer le rapport environnement-enfant-travail.

 

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