« Nous avons aussi une vocation communautaire »

 Pr. Daniel Etya’ale, Directeur général de Magrabi ICO Cameroon Eye Institute (MICEI) à Oback.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots les services qui sont proposés dans votre centre ophtalmologique ?

Notre structure est essentiellement d’ophtalmologie et nos activités sont à la fois cliniques et chirurgicales, mais aussi communautaires. Au niveau des activités cliniques et chirurgicales nous fonctionnons sur le mode de structures spécialisées. Cela veut dire que les titulaires de nos différents services, en plus d’être ophtalmologistes et généralistes, sont spécialisés dans des secteurs précis de l’œil : la cornée, la rétine, le glaucome, la cataracte. Il y a également  l’ophtalmo-pédiatrie, parce que les yeux des enfants ce ne sont pas des yeux d’adultes. Toutes ces spécialités existent chez nous. Nous avons donc sous le même toit, des médecins qui peuvent s’occuper des problèmes généraux des yeux. Avant que notre structure soit créée, il y avait beaucoup d’évacuations. J’ai passé quatre ans en Afrique du sud  et j’y ai rencontré de nombreux Camerounais, Gabonais qui venaient pour s’y faire traiter, pourtant ce sont des soins qu’on pouvait leur apporter localement. Ils ne se déplaçaient pas à cause du manque de personnels, mais parce que les infrastructures ne suivaient pas. C’est en cela que réside la force de notre structure. Aux compétences du personnel, nous allions une infrastructure de niveau international, comparable en tout point à ce qui se fait de mieux. Nous avons aussi une vocation communautaire avec un certain nombre d’activités que nous menons auprès des communautés avoisinant la localité d’Oback. Nous sommes allés une fois à plus de 150 km mais dans l’avenir notre rayon d’action pourrait s’étendre.

Quels soins apportez-vous concrètement aux communautés environnantes ?

Au niveau des communautés, nous faisons le dépistage systématique de la cataracte. Pourquoi ? Parce que 50% de tous les cas de cécité sont liés à la cataracte. En 15 et 20 minutes d’opération, l’aveugle de cataracte peut retrouver 100% de sa vue. Donc c’est important que nous le fassions, car les personnes que la cataracte a rendues aveugles restent en général dans les villages. Seulement un cas de cataracte sur 10 arrive spontanément à l’hôpital. Nous allons vers ces populations pour donner à tous la chance de se faire dépister. Puis notre équipe transporte ceux qui sont prêts vers notre centre, et une fois la chirurgie terminée, ils les ramènent en communauté. L’autre volet de notre activité communautaire, c’est au niveau le dépistage précoce des cas de diabète. Cette maladie est multi systémique et affecte de nombreux organes : le cœur, le rein, le cerveau, les jambes. Certains finissent avec des amputations et d’autres peuvent terminer leur vie aveugles à cause du diabète. Nous essayons de le détecter avant des stades avancés. Par exemple, lorsqu’un malade commence à saigner à l’intérieur de l’œil, il lui faudra de grosses interventions pour évacuer le sang, faire des lasers et tout. Le troisième volet de notre activité communautaire, c’est au niveau des enfants, parce que jusqu’à 20% des enfants en Afrique ont des problèmes de vision, et ont besoin que leur vue soit renforcée par des lunettes. Nous avons commencé à former des enseignants dans les différentes écoles pour le premier niveau de dépistage. Après le décompte des cas, une équipe descend sur le terrain pour faire un dépistage plus complet. Les enfants qui ont besoin de lunettes sont ramenés à l’institut pour un examen final et éventuellement une prescription de lunettes. S’il se trouve que ce sont des enfants qui ont des parents démunis, pour le moment c’est l’hôpital qui les prend en charge.


Que dire du volet formation proposé par votre structure ?


Notre structure assure également des formations au plus haut niveau. Dès que nous aurions notre certification et notre accréditation, nous allons proposer des formations de toutes les filières en ophtalmologie, aussi bien les ophtalmologistes que les sous spécialités comme les infirmiers spécialisés en ophtalmologie, les opticiens, les orthoptistes, les optométristes, etc. Nombre de ces filières manquent dans notre pays et dans la sous-région. Nous proposons aussi des formations d’introduction à la chirurgie. Bientôt on aura un atelier pour la maintenance des équipes, c’est un gros problème pas seulement en ophtalmologie. On le constate dans toutes les structures hospitalières. Nous ne faisons pas toutes ces formations avec uniquement les équipes dont nous disposons, mais nous faisons également venir des experts. En plus de ce que nous avons de local, nous avons tout un réseau de professeurs, visiteurs qui viennent régulièrement nous aider. Et ce qu’on leur demande c’est non seulement de nous aider à renforcer les capacités des médecins en place.


Le plateau technique et les infrastructures restent souvent le principal problème des structures de santé au Cameroun. Qu’en est-il de votre centre ?


Nous essayons de limiter au maximum les évacuations dans le cadre des interventions ophtalmologiques. C’était la première préoccupation que nous avons eue. La deuxième était de faire un listing des différentes pathologies les plus courantes dans le pays, et ce qu’il faut comme matériel pour les prendre en charge. Tout ce que je peux vous dire en bref c’est que le plateau technique de l’hôpital c’est un plateau technique qui est comparable en tout point à un plateau international. Le matériel utilisé ici à Oback, c’est le même rencontré par exemple à l’Université de San Francisco où j’enseigne. C’est le même qui existe en Suisse où je vis. Je peux même ajouter qu’il est mieux que le plateau utilisé à Cape Town en Afrique du Sud, où j’ai enseigné pendant quatre ans.

Comment comptez-vous faire la promotion du centre auprès des populations éloignées d’Oback et vivant dans d’autres régions du pays ?

Nous sommes en train de mettre en place une stratégie à plusieurs volets. J’ai une expérience d’informations de sensibilisation. Nous sommes en train d’établir une démarche auprès des médias, pour faire connaître notre centre. Je vais aller à la rencontre des patrons de médias, comme à la CRTV, parce que j’aimerais aussi bien au niveau de la télé que de la radio, avoir un créneau dans les programmes de santé. Ce n’est pas simplement pour nous faire connaitre, mais c’est surtout pour alerter les populations sur certaines maladies comme le glaucome, qui sont des maladies complètement silencieuses et qu’il faut essayer de détecter le plus tôt possible. Le glaucome est souvent répandu dans les familles, donc si un malade se présente à nous, nous lui demandons de prévenir les autres membres de sa famille. C’est pour cela que nous avons besoin de cette sensibilisation, non seulement pour les malades, mais aussi pour que plus de Camerounais qui ont des moyens, investissent pour nous aider à apporter des soins à nos concitoyens qui n’ont pas les moyens. Nous allons utiliser tout ce que nous avons comme arsenal en matière de communication et d’information pour nous faire connaître.

 

Reactions

Commentaires

    List is empty.

Laissez un Commentaire

De la meme catégorie