« Nos actions ont beaucoup fait bouger les lignes »

Rév Dr Dieudonné Massi Gams, Président de la Commission nationale anti-corruption.

Monsieur le président, quel regard jetez-vous sur la lutte contre la corruption aujourd’hui ?

Nous nous réjouissons du niveau appréciable de prise de conscience des Camerounais de la nécessité de lutter contre la corruption dans notre pays. Nous en voulons pour preuve le nombre davantage croissant des dénonciations reçues à la Conac qui ont atteint la barre de 2 402 dénonciations en 2016, ainsi que l’engouement des administrations publiques qui continuent de mettre sur pied des cellules de lutte contre la corruption dont l’apport au renforcement de la gouvernance, par le biais des Initiatives à Résultats Rapides, est indéniable. De plus en plus, les Camerounaises et Camerounais ne prennent plus la corruption comme une fatalité. De même, le dispositif de lutte, en ce qui concerne le déploiement de la CONAC, a gagné toutes les régions du Cameroun à travers les Plans régionaux de lutte contre la Corruption. La mise en place progressive d’autres instruments et structures de lutte comme le Tribunal Criminel Spécial et l’engagement ferme et toujours renouvelé du président de la République Son Excellence Monsieur Paul Biya de lutter sans relâche contre le fléau augurent d’un lendemain bien meilleur pour le combat que nous menons au quotidien.

Qu’est-ce qui explique donc que, malgré les sanctions, le phénomène de la corruption semble prendre de l’ampleur?

Sans dénier le niveau que ce mal a atteint dans notre pays, nous pensons aujourd’hui que c’est davantage le fait qu’il ne soit plus un tabou qui donne cette impression. Il est établi que les sanctions ou les répressions ne constituent pas une panacée dans la lutte contre la corruption. Le savant dosage contre la corruption comprend 80% de prévention et 20% de répression. Nous sommes convaincus que la corruption n’est pas une fatalité et que la transformation sociale est possible. C’est pourquoi la CONAC, par ses actions de prévention et de communication, vise une masse critique positive des Camerounaises et Camerounais prêts à dire « NON A LA CORRUPTION ». Car, le changement est plus aisé quand il prend sa source dans l’éthique et la morale. Fort opportunément l’Etat est très conscient de l’importance de la prévention. Il limite aujourd’hui les paiements en numéraires et encourage la dématérialisation de certaines procédures pour réduire les contacts physiques.

Douze ans après sa création, avez-vous le sentiment que les actions de la CONAC, ont véritablement porté des fruits?

Il faut préciser ici que les Initiatives à Résultats Rapides sont une approche qui permet d’implémenter des actions nécessitant très peu de ressources pour éradiquer des niches de corruption ou des problèmes de gouvernance en 100 jours dans les administrations publiques voire privées. Beaucoup d’administrations ont eu à conduire avec grand succès, au moins, une IRR à ce jour. Pour chaque IRR concernée, beaucoup d’usagers sont aujourd’hui à l’abri des problèmes décriés. Nous comptons à date 64 administrations engagées dans la 10e série des IRR. Les actions de sensibilisation de la CONAC ont beaucoup fait bouger les lignes. On est parti du constat résigné d’actes de corruption de la part des citoyens à la promptitude de dénonciation de tels actes dont font montre aujourd’hui les Camerounais. Et le numéro vert, le 1517, est venu compléter le dispositif, en rendant l’organisme accessible aux citoyens victimes ou témoins d’actes de corruption. Le téléphone est donc devenu une arme d’autodéfense dans la lutte contre la corruption dans notre pays et la peur a fatalement changé de camp. Par exemple, grâce à cette ligne verte et au coup de fil gratuit d’un citoyen, nous venons, au moyen d’une Action par voie d’Intervention Rapide (AIR) de décanter avec brio une situation rocambolesque qu’a vécue la ville d’Ebolowa.

Dans un récent entretien à Cameroon Tribune, vous déclariez que vous recevez une centaine de dénonciations par jour. Disposez-vous de suffisamment de ressources, humaines notamment, pour traiter cette déferlante ?

Cette déferlante nous a imposé un réaménagement des horaires de travail dans certains services de la CONAC. Mais c’est pour la bonne cause. Nous sommes d’accord qu’il nous faut prendre d’autres mesures subséquentes, notamment le renforcement des Actions par voie d’Intervention Rapides sur le terrain. Pour les dénonciations qui nécessitent des investigations nous devrons aussi nous réajuster à mesure que nos compatriotes s’approprient la ligne verte. Nous comptons sur l’Etat pour des ressources additionnelles nécessaires au recrutement d’autres personnels, surtout des enquêteurs.

Certains observateurs pensent que pour que la lutte contre la corruption soit vraiment efficace, il faut commencer les actions de sensibilisation dès l’école. Qu’en dites-vous ?

La sensibilisation est l’un des axes forts de la Stratégie Nationale de la Lutte Contre la Corruption, élaborée en 2010 avec l’appui des bailleurs de fonds et validée par le gouvernement en 2011, dans son volet prévention et communication. C’est dans ce sens que la CONAC met en œuvre aujourd’hui le Programme National d’Education à l’Intégrité (PNEI). Il jette les bases d’une société camerounaise pétrie d’intégrité et donc respectueuses des valeurs éthiques, morales et républicaines. D’où l’institution des clubs d’intégrité dans les universités, lycées et collèges. Dans le même ordre d’idées, la CONAC administre aux élèves, à l’occasion des jeux FENASCO A et B, des Quiz d’intégrité et anime un stand à toutes les éditions des jeux universitaires. Inculquer à la jeunesse les valeurs d’intégrité est l’un des moyens sûrs de sacraliser la fortune publique. Il en est de même de la campagne de fixation des plaques en cours dans les services publics où il est rappelé aux usagers que : les services publics sont gratuits.

 

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