Nécrologie: « Le Muntu » orphelin

Fabien Eboussi Boulaga, philosophe et intelligence africaine de renom, est décédé samedi à Yaoundé à l’âge de 84 ans.

La nouvelle est tombée le 13 octobre dernier et s’est aussitôt répandue comme une traînée de poudre grâce à la magie des réseaux sociaux. Fabien Eboussi Boulaga, théologien catholique né au Cameroun et philosophe de renom, est décédé des suites de maladie à la clinique Le Jourdain à Yaoundé. Selon des sources familiales, il a passé deux semaines en soins dans cette formation hospitalière. C’est une figure emblématique de la philosophie et un défenseur des droits humains qui s’en va ainsi.

Fabien Eboussi Boulaga se révèle véritablement au monde par la publication de deux ouvrages : « Bantou problématique » paru en 1968 et « La Démission », en 1974. Une polémique en naît et celle-ci enfle particulièrement dans les milieux religieux.

D’aucuns lisent à travers ses lignes un appel au départ organisé des missionnaires.« S’il y a eu débat, c’est avant tout avec moi-même, pour clarifier des idées, des positions, des phénomènes comme la religion, l’État, dans lesquels nous étions impliqués en vertu de la colonisation, de la mission.

Il s’agissait donc moins de polémiques contre ceci ou contre cela, que d’engager une discussion sur tout ce qui justifiait ou non notre état de gens qui reçoivent sans pouvoir disposer de ce qu’ils reçoivent. Ces questionnements ont traversé mes réflexions d’hier et d’aujourd’hui.

Les lignes de force d’un tel positionnement s’organisent autour d’un travail sur soi, d’une exigence de véracité, d’effectivité sociale selon les contraintes d’une rationalité topologique ou de position qui implique la réciprocité des perspectives, et les dialogues de lieux – en ce que chacun est « partie totale » du monde (terre) ou de l’univers sensé. », a expliqué, plus tard, le philosophe dans les colonnes d’un confrère paraissant à l’international. « La Crise du Muntu», ouvrage dans lequel il aborde les questions d’authenticité et de tradition, sujet particulièrement à la mode dans les années 1970, est publié en 1977. En 1980, il décide de quitter les Jésuites qu’il avait rejoints en 1973 et demande à revenir à la vie laïque.

Son départ de la vie sacerdotale et religieuse est une décision mûrement réfléchie car il affirme avoir « perdu la foi » depuis 1969. Un an après avoir quitté la prêtrise, il publie «Christianisme sans fétiche», qui remet en question les postulats dogmatiques et métaphysiques du catholicisme dans un contexte colonial. Titulaire d’une licence en théologie l’Université de Lyon, d’un doctorat en philosophie et en lettres, Fabien Eboussi Boulaga a été professeur à Abidjan, puis à l’Université de Yaoundé. Il enseignait à l’Université catholique d’Afrique centrale depuis 1994.

Le philosophe a accompagné et inspiré plusieurs générations de chercheurs en sciences sociales, notamment avec la création de « The Muntu Institute » dont il était le parrain et le président honoraire. Il a dispensé son savoir dans plusieurs autres institutions d’enseignement supérieur (Kinshasa, Harvard, Hambourg, Centre Sèvres…).

Eboussi Boulaga est né à Bafia en 1934. Il a effectué son cycle secondaire au Petit séminaire d’Akono avant d’être ordonné prêtre en 1969 et d’intégrer la compagnie Jésuites. Auteur prolifique, il laisse plusieurs ouvrages d’importance à la postérit

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