« La culture camerounaise se marie à l’opéra »

Christian Akoa, chanteur lyrique.

De l’opéra chanté sur fond de bikutsi ou d’autres rythmes camerounais, cela n’a rien de commun. Pourquoi avoir choisi ce couloir ?

Généralement le musicien c’est un serviteur du monde, de l’Homme. A travers ma voix, j’essaye d’apporter l’amour, le bonheur, de rassembler les hommes, dans un contexte où les intérêts parfois égoïstes divisent les peuples. Dans cette optique, je me définis comme un chanteur d’opéra qui en même temps fait du cross-over en passant d’un genre à un autre afin d’atteindre et de servir plus de monde. La musique classique et plus précisément l’opéra est une musique très sélective. Le crossover est rentré dans l’opéra par des chanteurs comme le Ténor italien Enrico Caruso dans les années 20 qui a chanté les musiques populaires de Naples, qui étaient des musiques de la rue. Les chanteurs d’opéra pouvaient alors se lancer dans d’autres airs qui n’étaient pas forcément de leur domaine. C’est ce que j’essaye de faire en retournant aux sources, parce que la musique africaine est énormément riche. Je m’arc-boute sur ma technique vocale qui est entre guillemets universelle, et je présente à partir de cela les musiques africaines et camerounaises.

Est-ce une méthode efficace pour populariser l’opéra auprès des mélomanes camerounais et africains en général, qui ne s’intéressent pas véritablement à l’opéra ?

L’opéra est classique mais il peut être adapté. Justement, j’aborde d’ailleurs ce sujet dans mon mémoire de Master. Mon objectif est double en réalité. Jacques Greg Belobo, que je considère comme l’« ancêtre » de l’opéra au Cameroun, a commencé cette démarche. J’essaye d’apporter la musique classique aux Camerounais et d’apporter la musique camerounaise en Allemagne, en Europe. Autant la musique classique est mal connue chez nous, autant notre musique rencontre les mêmes préoccupations à l’étranger. Je me considère comme un facilitateur entre les deux cultures. Je me définis en général comme un artiste trans et interculturel. C’est un grand honneur pour moi de présenter la richesse culturelle du Cameroun qui est immense et d’amener les Camerounais à aimer davantage et à nouveau leurs langues.

Comment procédez-vous pour vulgariser cette manière spéciale d’aborder l’opéra ?

En Allemagne, mes concerts comprennent une partie classique et une autre pour vendre la langue camerounaise. Et je fais de même quand je suis au Cameroun. Tous les chanteurs d’opéra sont formés à l’opéra, à l’opérette et à la comédie musicale. On note l’existence de l’Opera seria ou comme cela s’entend, opéra sérieux et l’Opera buffa ou opérette. Le premier est en général relativement dramatique, long, avec et toujours un orchestre philarmonique et des thématiques profondes. L’opérette quant à elle est un peu plus légère, et les exigences qu’on attend du chanteur sont moindres par rapport à l’opéra. Mais il faut savoir qu’un chanteur d’opéra doit être capable de s’inscrire dans tous ces couloirs, et dans mon cas, j’ajoute une touche locale avec des sonorités camerounaises.

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