Opéra: du lyrique à la sauce locale

Le ténor camerounais Christian Akoa a célébré un étonnant mariage entre musique classique et sonorités camerounaises mardi dernier à Yaoundé

En 1825, quand il composait le texte original du célèbre « Ave Maria », l’Allemand Franz Schubert était à mille lieues de s’imaginer qu’il serait déclamé dans un show lyrique, quelques minutes avant « Sikati », titre à succès du Camerounais Tala André Marie. Christian Akoa, ténor camerounais, a osé la conjugaison au cours d’un spectacle donné à Yaoundé le 16 octobre dernier à la résidence de l’Ambassadeur de la République d’Allemagne au Cameroun, Hans Dieter Stell.

Au début de la soirée, ce répertoire surprenant est abordé de manière classique - sans jeu de mots - avec des airs de Schubert, Puccini, Strauss, Tosti. Puis l’artiste, qui a d’ailleurs fait de son terrain favori ce jeu de passes entre deux univers : le lyrique et le traditionnel camerounais, s’est plu à accorder son timbre généreux de ténor aux airs de Tala André Marie (« Sikati »), mais aussi de Dina Bell (« Na Tondi ») et de Paul Zanga (« Etong Ntoumba »). Ce croisement rythmique de l’opéra avec l’Ouest, le Littoral et le Centre du pays de Christian Akoa a surpris, mais surtout ravi le public.

L’étonnement avant l’extase. Le chanteur lyrique camerounais résidant en Allemagne est familier de ce type de réactions, lui qui poursuit sa recherche autour du mariage entre l’opéra et les sonorités locales depuis quelques années. En 2013, il obtient de l’Office allemand d’échange universitaire une bourse pour poursuivre ses études à l’Ecole supérieure de musique de Detmold. Après son séjour en 2015, il commence sa carrière dans l’opéra, tout en suivant des études d’ethnomusicologie à l’Université de Hildesheim. Une piste pour peaufiner son exploration des secrets des musiques africaines, sur les plans analytiques, sociologiques et symboliques. 

Le chanteur s’inspire des grands classiques de l’opéra, mais tente également la composition. « Jeudi au Goethe (Ndlr : ce soir), je vais présenter un “Alléluia” que j’ai écrit. Je l’ai commencé au Cameroun en 2005, à l’époque où j’étais chef de chœurs à Mvog-Mbi à Yaoundé, dans la chorale des “Chœurs angéliques ”. Je suis allé l’améliorer en Allemagne.

J’ai composé le texte en allemand, mais le fond musical est à la fois classique et bikutsi », explique-t-il. Conscient des origines occidentales de l’opéra et du ressentiment des mélomanes africains pour cet art, Christian Akoa mise sur l’esprit d’ouverture. Un avant-goût de son album « Fufulu », prévu pour l’an prochain, est à découvrir ce soir à 18h30 à l’Institut Goethe à Yaoundé.
 

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