Contentieux électoral: dans l’arène du contradictoire

Le Conseil constitutionnel, quatre jours durant, a consolidé le principe du débat dans l’examen des recours.

L’on était convaincu que l’affaire se viderait en un jour. Peut-être parce que pour les sceptiques, le Conseil constitutionnel est une « boîte» sans profondeur ni consistance, qui « liquide » les recours. Mais, comme dans un rendez-vous avec l’histoire le 16 octobre dernier, la sienne propre et celle de la démocratie camerounaise, le Conseil constitutionnel a examiné les 18 recours avec un sérieux finalement partagé par tous.

Sinon, comment comprendre qu’un citoyen (Bertin Kisop) qui, à la lumière de l’article 132 alinéa 2 du Code électoral, n’a pas qualité pour introduire une requête en annulation des opérations élec torales, en vienne à s’exprimer pendant plusieurs minutes devant le Conseil ?

Alors que le public autorisé à assister aux audiences du Conseil était impatient et appelait à retirer la parole à Gabanmidanha Rigobert Aminou, lui aussi dénié de toute qualité d’ester, Clément Atangana et les conseillers, dans la pondération de sages, l’ont écouté pendant près d’une heure, avant de lui servir l’irrecevabilité de son recours. Mais, à côté de ces cas moins pointus, l’examen d’autres recours, notamment ceux introduits par Maurice Kamto et Joshua Osih, a donné sens au contradictoire.

En effet, si le principe requis dans l’examen des recours devant le Conseil constitutionnel est celui du débat, l’on a assisté à de vérita bles plaidoiries. Sans obstacle dans la production de leurs arguments, les défenses ont eu la latitude de dire leurs pensées et convictions, voire de contredire non seulement les arguments des parties, mais les avis du Conseil.

Autant le dire, humainement, il est éprouvant d’avoir à écouter quelqu’un s’exprimer pendant deux heures. Surtout lorsqu’il s’agit de développer des arguments techniques. Mais le temps pris par certaines défenses, celles de Maurice Kamto en l’occurrence, a été finalement perçu comme une belle épreuve de patience et d’endurance. Par ce sens d’écoute, par cette ouverture à la réfutation et à la déconstruction des arguments du Conseil, c’est la démocratie qui s’est exprimée.

Surtout que les parties étaient au fait de la retransmission en direct des audiences sur les antennes de la télévision publique. D’ailleurs, Joshua Osih et ses avocats, ont pu obtenir la suspension d’une audience, parce que revendiquant la reprise de la diffusion des débats par la CRTV. Diffusion interrompue à cause « d’une panne technique » de courte durée. Dans cette œuvre utile, l’écoute prolongée des défenses n’a pas pu constituer un déni de droit.

Au contraire. En effet, si le Conseil constitu tionnel est appelé à statuer sur la régularité du processus électoral, l’on a entraîné, durant l’examen de ce contentieux électoral, dans d’autres terrains.

La crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la question du terrorisme et de l’insécurité, et même la mise en cause de son impartialité et la récusation de ses membres, entre autres. Mais parce que « compétent de sa compétence », le Conseil constitutionnel a tenu jusqu’au bout.

Et lorsque Clément Atangana rend son dernier verdict au petit matin du vendredi 19 octobre, c'était moins un ouf de soulagement que l’exaltation de l’épilogue d’une aventure. Celle de la démocratie camerounaise qui a gagné.

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