Conseil constitutionnel: absolument recevable !

L’institution entrée en scène cette année de manière remarquable, a géré de manière magistrale le contentieux de sa première élection présidentielle.

Les analystes de football parleraient de « match référence », expression communément utilisée dans le milieu pour désigner cette rencontre fondatrice dans la carrière d’un joueur, ou dans le parcours d’une équipe. Et pour le Conseil constitutionnel, la présidentielle du 7 octobre est assurément ce match référence. Le rendez-vous était très attendu. Et l’on peut dire qu’il a été très bien honoré par une institution dont les premiers pas étaient évidemment placés sous les feux des projecteurs.

Deux clichés tirés de l’imagerie populaire permettent de mettre en évidence, la réussite du coup d’essai de l’équipe à Clément Atangana. On les prendra dans les désormais incontournables réseaux sociaux, baromètres éloquents de la cote de popularité aujourd’hui. Le premier est un mot, que l’imagination débordante des internautes a transformé en élément fédérateur.

Si on vous dit : « Irrecevable ! », ça déclenche spontanément une réaction, souvent un sourire, une réplique. « Irrecevable » est l’un des mots tendance, que les Camerounais utilisent à cœurjoie, souvent comme une boutade qu’on peut adapter à toute discussion amicale.

Le deuxième cliché n’en est pas éloigné : c’est une série de nou velles expressions introduites dans le parler populaire après le très haletant marathon du contentieux électoral. « Avocatier », pour désigner une batterie de conseils comme celle produite par le candidat Kamto ; il y a aussi, d’une part, les « avocatsbeurre ». Leur prestation en a fait de véritables stars en raison de la retransmission télévisée en direct. Et d’autre part, les avocats « l’eau-l’eau » généralement en mal d’unanimité. Tout cela pour dire que le Conseil constitutionnel du Cameroun a fait, en cette année 2018, une entrée fracassante dans l’univers des institutions de l’Etat.

Et si Clément Atangana et les dix autres conseillers avaient déjà donné une indication de leur maîtrise lors des phases du contentieux des élections sénatoriales en début d’année, c’est avec la présidentielle du 7 octobre que l’institution s’est véritablement imposée.

Grâce aux hommes qui lui donnent corps, elle est rapidement devenue elle aussi une vraie vedette de la scène politico-judiciaire nationale. Ce qui a pour effet de conforter sa pertinence auprès des Camerounais dans l’ensemble. Mais qu’a-t-il donc fait de si spécial ?

D’abord, simplement son travail : s’assurer de la régularité des élections. Pour ce qui est de la présidentielle dont nous parlons ici, le Conseil est intervenu avant le scrutin, pour vider le contentieux pré-électoral, puis après le vote pour traiter du contentieux électoral et proclamer les résultats.

Des postulants dont les dossiers de candidatures n’avaient pas été retenus par Elections Cameroun, l’organe indépendant en charge des opérations électorales et référendaires, ont contesté la décision et porté l’affaire devant le Conseil. Des candidats estimant que les opérations électorales avaient été émaillées d’incidents justifiant une annulation ou partielle, en ont également fait requête.

A ce moment-là, tous montraient par cette saisine, qu’ils faisaient confiance au Conseil. Certains, sentant leur cause perdue faute d’arguments, vont ensuite tenter de récuser le Conseil, l’estimant illégitime de par sa composition. Tous les recours été déclarés « irrecevables » au final, et ce fut pour l’institution, une formidable occasion d’imprimer sa marque.

La marque des « sages », reconnus comme tels par pratiquement tous les acteurs et observateurs, en raison de leur âge respectable et de leurs parcours élogieux. Et la marque de ce Conseil constitutionnel dirigé par Clément Atangana, magistrat de haut vol, rompu à la tâche est justement cette attitude générale qui force le respect.

Elle peut se résumer en deux qualités essentielles : patience et rigueur. La conduite du contentieux a révélé une équipe à l’écoute. Le Conseil n’a pas fait l’économie du temps pour laisser s’ex primer librement et même longuement chacune des parties. A l’image du requérant Maurice Kamto qui aura eu droit à une douzaine d’heures pour défendre son recours, avec évidemment tout son « avocatier » à l’appui. Le Conseil a laissé parler, même quand le discours débordait largement le cadre des requêtes.

Devant la barre, certaines parties se sont montrées irrévérencieuses, d’autres ont parfois transformé l’audience en tribune politique, les uns pour attaquer, les autres pour se défendre ; mais les sages ont su écouter, parfois recadrer, mais toujours écouter. Cette vertu a, non seulement permis à Clément Atangana et à son équipe de se faire une idée précise avant de trancher, mais aussi de se mettre en vitrine, grâce à la magie de la télévision. Au final, le Conseil a pu engranger un important capital sympathie qui va sans doute renforcer sa légitimité auprès des citoyens.

Et lorsque sa rigueur transparaît à travers les décisions, les vainqueurs ou les déçus sont forcément réconciliés par au moins une chose : le sentiment d’avoir pu défendre leur cause en toute équité. Pour le reste, les 11 se sont simplement attelés à rendre justice conformément à la loi. Et rien que ça. Le candidat qui avait déposé son recours à 19h alors qu’il était attendu au plus tard à 18h, l’a appris à ses dépens : « Irrecevable ! ».

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