« Les campagnes de dénigrement n’ont qu’un champ limité »

Henri Ntoupendi diplomate à la retraite

Les nombreuses campagnes de dénigrement subies par le Cameroun et ses institutions au cours du dernier septennat ont donné l’impression d’un déficit d’image à l’étranger. Pensezvous que ce soit une priorité du nouveau septennat ?

Parler d’un déficit révélé de l’image du Cameroun à l’international au cours des sept dernières années, c’est trop dire. S’il est vrai que les réseaux sociaux semblent refléter aujourd’hui une certaine opinion, il serait prudent d’éviter de faire les amalgames. Ces campagnes de dénigrement n’ont qu’un champ bien limité. Car, la vérité peut bien pâlir, mais ne point périr. Les pays amis, autant que les organisations internationales et non gouvernementales, ont leurs moyens de vérification des informations reçues. Ce qui est déplorable malheureusement, ce sont les médias, qui ont tendance à publier très vite des informations non vérifiées par souci de scoop et de sensation. Laissant ainsi croire à cette image déficitaire à laquelle vous faites allusion. Une partie de la diaspora, plus singulièrement, celle qui est composée d’aventuriers, contribue fortement à ternir notre image, avec des actes d’arnaque et de faussaires qui poussent beaucoup de pays à se méfier de nous. Il fut un temps où le Kenya refusait à tout Camerounais le visa d’entrée. Il convient plutôt de relever que le Cameroun a engrangé beaucoup de victoires internationales au cours du dernier septennat de Paul Biya, à l’Organisation des Nations unies, à l’Union africaine, auprès de pays amis et dans le domaine sportif toutes disciplines confondues. Le président élu devra renforcer davantage ces acquis.

Pourquoi la diaspora ne participe pas toujours à vendre une image positive du pays à l’étranger?

Particulièrement en ce qui concerne la diaspora, certains en son sein contribuent à ternir notre image à deux niveaux. Au niveau du banditisme connu des uns, et de la mauvaise foi des autres. Notamment celle de ceux qui entreprennent des démarches tendancieuses et mensongères auprès des lobbies occidentaux, en quête de soutiens financiers et matériels personnels ou associatifs.

Comment rendre plus visible et plus efficace l’action des instruments institutionnels mis en place (ministère des Relations extérieures, ministère de la Communication et centres de communication auprès des ambassades)?

L’action de ces institutions est visible. Particulièrement, celle du ministère des Relations extérieures. Peut-être pas autant que vous l’auriez souhaité. L’action diplomatique d’un pays pour un rayonnement mondial est très coûteuse. Ce que la France ou les Etats-Unis consacrent annuellement à cette fin, dépasse largement le budget global annuel d’un pays comme le nôtre. Vous comprenez par conséquent que les centres de communication créés au sein de certaines de nos ambassades ont des moyens très modiques pour élargir l’image du Cameroun dans leurs zones d’accréditation. Les pays développés ont partout dans le monde des centres culturels dont les programmes d’activité sont impressionnants sur le plan matériel et financier. Le Cameroun est généralement considéré comme leader naturel en Afrique centrale, mais on constate qu’il est de plus en plus «contesté» par par certains pays... Ce statut est difficile à contourner ou à inverser. Pour plusieurs raisons dont les plus éloquentes sont démographiques et géostratégiques. Il va de soi que des velléités de remise en cause de ce leadership naissent chez certains de nos voisins. Pour pérenniser ce statut, il suffit à notre action extérieure globale d’être renforcée par l’accroissement de nos capacités humaines, nos capacités de production, notre aptitude à couvrir de manière permanente les besoins de la sous-région en sécurité alimentaire, en produits de première nécessité ou manufacturiers à moindre coût. Et notre pays en est capable. C’est même ce que ces pays nous reprochent.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le Cameroun est trop timide dans l’affirmation de son leadership?

Je leur dirai la réponse de feu William Aurélien Eteki Mboumoua, alors ministre des Relations extérieures, qui, répondant à une question semblable posée par Charles Ndongo, disait et je cite : «La diplomatie camerounaise n’est ni tapageuse, ni gesticulatoire, ni déclamatoire». Cela reste vérifiable de nos jours.

Sous quel paradigme pensezvous que le président Paul Biya va aborder cette question lors du prochain septenat?

Je pense difficilement à un changement radical de cap par le président Biya, qui, à mon avis, reste pragmatique et partisan de l’efficacité. Comme je l’ai dit plus haut, la diplomatie expansive a un coût. Nous n’avons pas la capacité financière d’ouvrir une ambassade et un consulat dans les 199 pays membres de l’ONU. De même, gesticuler et prendre des initiatives de meneurs de jeu et de groupes comporte beaucoup de frais et de risques. Toutefois, des efforts ont été faits ces derniers temps, dans le sens de l’ouverture de nouveaux consulats dans des pays ou les besoins se faisaient ressentir– Nairobi, Ouesso et Dubaï – par exemple. Nul doute que de nouvelles ambassades et d’autres consulats sont dans le tunnel. Plus le Cameroun sera sollicité par la communauté internationale et les pays amis, plus le président aura à répondre favorablement et efficacement à ces appels.

Dans quelle mesure une meilleure implication de la diaspora dans les politiques de développement peut-elle aider à valoriser l’image de marque du Cameroun ?

L’implication de la diaspora dans nos politiques de développement n’a pas pour objectif principal d’améliorer l’image du Cameroun à l’extérieur. Elle est importante au regard non seulement de son apport financier aux revenus annuels de notre pays, mais surtout de leurs capacités d’investissement et de création d’emplois partout au Cameroun. De même, l’expertise d’une importante partie de cette diaspora qui fait aussi honneur à notre image mondiale nous est nécessaire, dans nos universités, nos entreprises et notre administration. Figurez vous qu’en Allemagne, l’on compte plus de six mille ingénieurs et plus de quatre cent médecins camerounais qui vivent ou exercent dans ce pays. Le président devra prendre en compte de telles statistiques et œuvrer à une plus grande implication de cette richesse que notre pays compte à l’étranger. Dans cette optique, une institution plus consistante et plus opérationnelle doit être créée pour rentabiliser cette diaspora. La division des camerounais a l’étranger placée au sein du ministère des Relations extérieures est inappropriée et fragile. Dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest comme au Sénégal ou au Mali, ce sont des ministères entiers qui assument cette mission. Un secrétariat d’Etat, une agence placée sous l’autorité du Premier ministre ou d’un ministère en tant que tel, rénoverait considérablement la dynamique des relations entre notre gouvernance et notre diaspora.

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