Les universitaires pour un statut de la première dame

Le sujet a été évoqué hier au cours d’un échange qui a démontré qu’au-delà de l’humanitaire, c’est toute une machine qui fonctionne derrière.

 

Hier, Mathias Owona Nguini a livré son analyse sur l’action sociale de la première dame du point de vue politiste. De sa réflexion, on retient que cette action s’inscrit dans ce qu’il appelle « politique de solidarité ». Elle repose sur des structures comme le CERAC, Synergies africaines, la Fondation Chantal Biya, CIRCB, etc. Pour l’universitaire, cette action sociale de Chantal Biya est fondamentalement politique (il insiste sur le fait que le mot n’est pas péjoratif) et se lit sur deux registres. Le premier, moral, met en lumière l’éthique de solidarité et d’engagement humanitaire. Le second projette « un opérateur politique », présidente d’honneur de l’OFRDPC. En cela, son action s’inscrit dans un dispositif de gouvernance avec des ramifications qui vont au-delà de l’humanitaire pour déteindre sur le politico-diplomatique et finalement prendre la connotation  publique tout court. « La première dame agit pour le compte de son époux, le président de la République et derrière elle, c’est une grosse machine qui fonctionne », remarque le bouillant orateur. Il estime que la première dame est le N°10 et le joker de son époux et son action ne se construit pas pour rien, même s’il y a beaucoup de motivation morale. « C’est un marché humanitaire », déduit-il. Owona Nguini propose de considérer ce que la première dame mobilise comme ressources complémentaires et conclut : « plus qu’un agent complémentaire du président de la République, elle en est un collaborateur. A travers elle, c’est le président de la République qui agit ». L’universitaire suggére d’encadrer le rôle de la première dame par un  statut.

Nadine Machikou, un autre panéliste a saisi la balle au bond. Elle est intervenu pour rompre avec la compréhension au premier degré de l’action de la première dame. Elle récuse la politique publique et lui préfère la politique de l’action qui fait bouger les paradigmes et met en relation une diversité d’acteurs recrutés dans le para (public) dans une perspective de proximité. Dès lors, elle repose la question : la charge de la première dame est-elle institutionnelle ou pas ?  Pour l’universitaire, cette action est un renouvellement de l’action publique. Doit-on lui affecter un salaire ? Nadine Machikou préfère souligner que le potentiel qu’il y a derrière l’épouse du chef de l’Etat est grand et sa densité bouscule les dichotomies public/privé. Finalement, la figure de la Première dame semble loin d’être une figure privée.

C’est Jean Paul Mbia, chargé de cours en science politique qui a ouvert la communication de ce panel très écouté. Il tentait de démêler la notion de la politique publique en montrant  que « l’action publique de la première dame est un modèle de représentation dans une déclination à la fois novatrice, programmatique et pragmatique. Il propose que l’engouement des chercheurs ouvre la voie à la problématisation de cette action contextuelle qui occulte la décompression tutélaire et ouvre la voie à une deuxième génération des politiques multi-acteurs ».

Jeanine FANKAM

-Discussion très enlevée

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