«Nous devons faire la différence entre l’art et l’engagement politique»

Roméo Dika, président du Syndicat camerounais des musiciens (SYCAMU).

Depuis un certain temps, une tension persiste et favorise le boycott de certains artistes musiciens camerounais sur les scènes de la diaspora. En tant que président du SYCAMU, que pensez-vous de ce phénomène?

Ce phénomène sera passager, car les pays occidentaux sont des Etats de droit au sein desquels l’anarchie ne serait tolérée. Et le SYCAMU en accord avec les syndicats frères, prendra dorénavant des dispositions à l’effet de déclarer les contrats engageant les artistes camerounais, afin qu’ils se conforment à la réglementation et soient protégés par le droit. Car, pour être conformes aux directives européennes, l’artiste sous contrat doit recevoir un permis de travail et l’organisateur doit être détenteur d’une licence d’organisateur de spectacles. Ces instruments ouvrent la protection de leur activité.

Quelles mesures ont donc été prises par votre syndicat pour inviter les deux parties qui s’opposent à suivre la voie de la recherche de solutions ?
Le SYCAMU a initié des démarches auprès notamment du SNAM qui est le syndicat des artistes français, afin d’élargir le champ de protection des activités des artistes camerounais. Mais, il réside une difficulté, car la majorité des artistes engagés exercent en marge de la légalité, et la majorité des organisateurs agissent en marge de la réglementation et de la légalité. Toutefois, nous voulons passer un message simple : nous devons faire la différence entre un engagement politique et une activité commerciale. Nous discutons avec ceux qui ont lancé le boycott, afin qu’ils intègrent le caractère négatif de ces actions contreproductives. S’ils veulent mobiliser les artistes, il est important qu’ils empruntent les voies diplomatiques comme le fait le président de la République, et non en s’engageant dans une guerre stérile qui dessert notre pays, mais aussi les uns et les autres.

Que pensez-vous personnellement, en tant qu’artiste, du fait que la politique empiète sur la culture, univers où la liberté de création est prioritaire?

Je suis dans une déception profonde car, la culture est le fondement de notre processus de développement communautaire et, les artistes, ne sont que les peintres de cette société. De mon point de vue, l’art disqualifie les auteurs de toutes activités politiques. Mais il faut reconnaître qu’en l’absence d’un statut clair accordé aux acteurs de notre corporation, nous restons en marge de la société qui ne reconnait pas en nous une activité professionnelle. Raison pour laquelle nous renouvelons au président élu cette doléance sur l’adoption d’un texte sur le statut de l’artiste, qui serait un bon instrument de protection de notre activité. Je sollicite aussi la mise en application de la loi portant organisation des spectacles déjà promulguée depuis plus de 10 ans. La liberté d’expression étant reconnue par la constitution, les actes posés contre les artistes sont une violation indigne. C’est pourquoi nous invitons tout le monde au calme et au respect des droits reconnus aux uns et aux autres.

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