L’émergence, résolument

La signature de l’accord de financement suivie le mois prochain du démarrage des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Nachtigal est l’un de grands marqueurs du début du septennat des « Grandes opportunités » qui vient de commencer. La concrétisation de cette promesse présidentielle laisse croire qu’après l’euphorie du feuilleton électoral, Paul Biya n’a voulu observer aucun état de grâce. Ce projet prometteur vient aussi faire mentir tous ceux qui y voyaient une simple promesse électorale. Le timing de sa réalisation traduit à suffisance la volonté du chef de l’Etat à respecter les « dix principaux engagements » qu’il s’est donné au cours des sept prochaines années.

En première ligne de sa profession de foi, « l’amélioration des conditions de vie des Camerounaises et des Camerounais » à travers « l’accès équitable, à toutes et à tous, aux services sociaux de base, en particulier la santé, l’eau, l’électricité, l’éducation ». Ces dernières années, les ménages et les industries ont souffert des coupures intempestives de l’énergie électrique. Même si on observe un léger mieux depuis deux ans grâce à la mise en service de nouvelles infrastructures, la demande énergétique reste considérable au Cameroun.

Dans son discours inaugural du septennat en cours, le président de la République a promis que la situation allait s’améliorer. « Nous allons continuer d’exploiter tous les sites et cours d’eau disponibles afin de faire du Cameroun un grand producteur d’électricité dans notre continent», a-t-il déclaré à l’entame de son nouveau mandat. Les efforts de rattrapage dans le secteur étaient déjà perceptibles au cours du septennat des « Grandes réalisations » qui a incontestablement permis d’accroître l’offre énergétique du Cameroun.

La réalisation de plusieurs ouvrages énergétiques (Lom Pangar, centrale thermique à gaz de Kribi, Memve’ele, Mekin, etc) ont permis d’obtenir une hausse d’environ 550 Mégawatts. Des progrès notables mais qui restent en deçà du gap de 1000 MW pour combler les attentes des ménages et des industries. Pour inverser la tendance, le chef de l’Etat engage ainsi son gouvernement à exploiter au maximum l’important potentiel hydroélectrique du Cameroun (estimé à 12 000 MW par an) pour donner un contenu palpable au (nouveau) Plan directeur d’industrialisation du pays.

Son diagnostic est clair : « Une économie moderne ne saurait se concevoir sans l’existence d’un secteur industriel performant ». Et l’industrie, poursuit-il, « exige un apport d’énergie stable et suffisant ». Ainsi donc, l’édification d’un «Cameroun industriel» requiert la disponibilité d’une énergie suffisante et à moindre coût. Avec un apport supplémentaire de 420 MW à la production énergétique nationale dès 2023, Nachtigal s’inscrit dans une volonté plus globale du gouvernement camerounais de réduire le coût de l’électricité et d’en faire une ressource durable afin d’accroître sa compétitivité économique.

La réalisation de ce gigantesque projet qui vient s’ajouter à ceux de première génération va permettre au Cameroun, non seulement de résorber significativement son déficit énergétique structurel, mais aussi et surtout de devenir un exportateur d’électricité dans la sous-région. Avec une réalisation pareille, le Cameroun se rapproche un peu plus de son ambition de devenir à l’horizon 2035 un « nouveau pays industrialisé » et un « commutateur » de l’Afrique centrale et du Nigeria. L’enjeu de cette nouvelle dynamique est de faire du Cameroun l’«usine de la nouvelle Afrique industrielle».

Le plan d’industrialisation fait du secteur énergie l’un des trois sanctuaires (avec l’Agro-industrie et le numérique) sur lesquels le Cameroun compte réaliser sa transition industrielle afin de rattraper sa croissance économique. L’énergie apparaît à bien des égards comme l’atout grâce auquel le Cameroun devrait remporter la difficile mais jouable partie au bout de laquelle il sortira du sous-développement pour entrer dans la modernité.

Mais le principal défi dans ce secteur consiste à régler les problèmes des réseaux de transport et de distribution dont la vétusté ne permet pas d’amener toute cette énergie productible vers les ménages et les industries. Ce à quoi devra s’attaquer la Société nationale de transport d’Electricité (Sonatrel) dont on attend encore les premières actions concrètes.

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