« Nous pourrons produire de l’énergie en quantité et à moindre coût »

Roger Mbassa Ndine, docteur en Economie, ancien PCA de Aes-Sonel.

Le financement relatif à la construction du barrage hydroélectrique de Nachtigal vient d'être bouclé. Comment appréciez-vous la nouvelle ?

Je dois dire qu’il s’agit d’une très bonne nouvelle pour notre pays et pour notre économie. Nachtigal est en effet un des ouvrages majeurs de production hydroélectrique prévus dans le Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE), pour assurer à moyen et long terme la sécurité en approvisionnement électrique du Cameroun. Avec la réalisation de cet ouvrage, nous devrions donc être en mesure d’assurer un double objectif de la politique énergétique du Cameroun, qui est de produire de l’énergie en quantité suffisante et au moindre coût, de manière à en faciliter l’accès au plus grand nombre de Camerounais. J’ajoute d’ailleurs que le gouvernement a fait plutôt fort, puisque là où le DSCE projetait la capacité de production de Nachtigal à 330 MW, l’accord de financement qui vient d’être conclu parle plutôt d’une usine d’une capacité de 420 MW soit près de 100 MW de plus que prévu.

Justement, 420 mégawatts, concrètement, qu'est-ce qu'un tel apport induit pour les industries ?

Dans la programmation initiale du DSCE, le barrage de Nachtigal devait en priorité permettre le triplement de la production d’aluminium d’ALUCAM à Edéa, et augmenter parallèlement la quantité d’énergie dispo nible pour les autres consommateurs. Nous espérons que malgré les changements intervenus depuis lors dans la géographie du capital d’ALUCAM, ce projet d’extension des capacités de l’aluminerie d’Edéa reste d’actualité, car il s’agit de préserver et de consolider le site industriel d’Edéa et de densifier ainsi la carte industrielle du Cameroun. Il est d’ailleurs très important, en termes d’aménagement du territoire, que les sites industriels au Cameroun ne soient pas trop concentrés à Yaoundé et à Douala. .

Du côté des opérateurs économiques, de manière générale, l'insuffisance de l’offre en énergie est régulièrement soulevée comme obstacle majeur. Peuvent-ils espérer, au terme du projet, que cette page sera définitivement tournée ?

Le chef de l’Etat, le président Paul Biya a, vous le savez, prescrit depuis près de deux ans une politique économique axée sur l’accélération du décollage industriel du pays, de manière à ce qu’à l’horizon 2035, le Cameroun soit classé et émerge parmi les Nouveaux pays industrialisés (NPI), qu’on a appelés encore « Dragons » en Asie. Le Plan directeur d’industrialisation, qui a été élaboré récemment par le gouvernement, est une première réponse à cette prescription. Il présente des atouts et des opportunités d’investissements industriels au Cameroun qu’il s’agit maintenant de réaliser. De ce point de vue, je voudrais d’abord souligner que la question de l’approvisionnement en énergie est en réalité résolue pour moitié depuis la réalisation du barrage de Lom-Pangar qui est, comme vous le savez, d’abord un barrage réservoir. Avec sa capacité de retenue d’eau de plus de 6 milliards de m3, il a permis de doubler le débit de la Sanaga. Et c’est parce que le débit de la Sanaga est désormais doublé qu’on peut envisager aujourd’hui la construction d’une centrale hydroélectrique à Nachtigal, une centrale qui soit puissante et rentable. Et demain, si je m’en tiens aux sites énumérés dans le DSCE, on pourra aligner, toujours sur la Sanaga et en aval de Lom-Pangar, des centrales de production hydroélectriques à Song Mbengue (au moins 950 MW), à Kikot (550 MW), à Ngodi (475 MW) et ainsi de suite. En d’autres termes, Nachtigal n’est que la première d’une dizaine de centrales hydroélectriques nouvelles qu’on peut construire sur la Sanaga. Tout dépendra donc de la croissance de la demande, et notamment de la réalisation effective du Plan directeur d’Industrialisation. Si la demande croît demain au pas de 10 % par an au lieu des 7% environ actuellement, alors la réalisation des ouvrages que je viens de citer devra se faire à un rythme lui aussi plus rapide. Il y a donc du potentiel, mais tout dépendra de notre capacité à investir pour mettre l’offre d’énergie en capacité de satisfaire la demande.

Que peuvent, quant à eux, en attendre les ménages et les autres consommateurs d’énergie ?

A ma connaissance, la démarche du Gouvernement est, depuis de nom breuses années, bien définie dans ce domaine. On peut la résumer ainsi : si on installe dans une centrale par exemple quatre groupes de turbines hydroélectriques, la production d’au moins un de ces groupes est destinée à améliorer l’offre en énergie électrique du grand public, c’està-dire essentiellement des ménages. C’est un des principes qui avait été proposé par le Comité de Pilotage Energie que le chef de l’Etat avait installé lors de la grande crise énergétique au début des années 2000. Je suppose que c’est ce principe qui est appliqué pour l’usine de Nachtigal. Les ménages devraient donc en principe avoir eux aussi, grâce à l’usine de Nachtigal, une offre plus importante d’énergie électrique.

Avec la mise en route de ce bar rage, quel sera, selon vous, le positionnement du Cameroun en Afrique, s'agissant de l’offre en énergie électrique ?

En Afrique, le Cameroun a le second potentiel en production d’énergie hydroélectrique, après la République démocratique du Congo. Avec ce potentiel, nous pouvons non seulement satisfaire entièrement la demande interne mais aussi exporter de grandes quantités d’énergie vers nos voisins, surtout notre grand voisin à l’Ouest. Nous pouvons aussi y gagner beaucoup de devises. Il nous revient de mettre en place une démarche qui va de ce sens, et de nouer des partenariats gagnant-gagnant.

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