Rapatriement des biens cultures: La restitution des objets en débat

Le déclic s’inscrit dans un mouvement amorcé dès la seconde moitié du XXe siècle, consécutif à la décolonisation.

Le peuple Bamoun, et le reste des Camerounais avec eux-, a le cœur à la fête. C’est qu’ils viennent de recevoir une excellente nouvelle, relative au retour très prochain, au courant de l’année 2019, du trône du Mfon Mbouombouo qui régna au 18e siècle (1757-1814), en tant que 11e roi des Bamoun.  Ce trône sera restitué dans le cadre du retour des objets pillés lors de campagnes militaires ou offerts aux musées et à l’Etat français par des officiers et soldats. C’est l’aboutissement d’un processus de mobilisation et de lobbying engagé depuis de nombreuses années par l’élite Bamoun, appuyée par la diplomatie camerounaise, des universitaires, des artistes et sportifs camerounais de haut niveau. En attendant d’être rapatrié, le trône de Mbouombouo est actuellement exposé au musée du Quai Branly, après un court séjour au Château de Versailles. Heureux épilogue donc pour cet objet artistique et de pouvoir pour le peuple Bamoun. Tout comme pour Afo-A-Kom. En 1966, la statue que l’on dit sacrée est volée à Laikom, siège des Fons Kom. Vendue tour à tour à un homme du commun puis à un dealer d’objets d’art, elle va se retrouver dans une galerie de New York. Warren M. Robbins, collectionneur d’art américain, la reconnaît et alerte aussitôt l’opinion publique. En collaboration avec l’élite Kom présente aux Etats-Unis et des Américains de bonne volonté, il lève des fonds d’une valeur de 30 000 dollars pour qu’Afo-AKom ou Mbang retrouve sa place dans le palais royal de Laikom, dans la région du Nord-Ouest. La mission est accomplie depuis 1973. Ce n’est pas encore le cas pour les peuples Sawa qui demandent, depuis des décennies, le rapatriement du « Tangue de Kum’a Mbape Bell (la pirogue de Lock Priso, un patriarche Douala) arraché à Bonaberi le 22 décembre 1884. L’objet séjournerait dans un musée munichois en Allemagne. Et, les quelques objets ici évoqués ainsi que les terres cuites et bronzes Sao ne constituent que la partie visible de l’iceberg, dans la mer d’objets emportés par les colons. Selon le rapport Savoy-Saar, -du nom de l’universitaire sénégalais, Felwine Saar, et de l’historienne française, Bénédicte Savoy, missionnés par Emmanuel Macron, chef de l’Etat français, pour réfléchir à cette épineuse question de la restitution des biens culturels africains, 90 000 objets provenant d´Afrique subsaharienne se trouvent actuellement dans les collections publiques françaises, dont 70 000 au musée du Quai Branly à Paris.
Les 20 000 autres sont réparties dans d´autres musées ou villes portuaires françaises (Cherbourg, Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Marseille). Le Tchad arrive en tête des pays d´origine de ces œuvres, en quantité, avec plus de 9 000 pièces. Viennent ensuite le Cameroun (6000 pièces), Madagascar, le Mali puis la Côte d´Ivoire, le Bénin, l´Ethiopie, le Gabon ou le Congo. D’autres objets d’arts du Cameroun sont éparpillés dans les musées d’Europe notamment en Allemagne, Italie, mais aussi en Amérique (Etats-Unis). Dans un mouvement amorcé dès la seconde moitié du XXe siècle, suite à la décolonisation, les peuples africains en général et camerounais particulièrement, plaident pour le retour de leurs biens culturels pillés à l'époque coloniale. C'était encore le cas vendredi 1er juin 2018, lors d'une réunion internationale organisée au siège de l'Unesco à Paris.
 


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