« Reconstruire sans remettre de l’ordre est impossible

Seidou Mbombo Njoya, président de la Fédération camerounaise de football.

Vous êtes officiellement à la tête de la Fecafoot depuis mardi dernier. Dans l’immédiat, quels sont les chantiers sur lesquels vous allez vous pencher ?

L’éthique est la base sur laquelle repose notre programme de refondation. La crise à la Fecafoot est une crise morale profonde. Aujourd’hui, reconstruire sans remettre de l’ordre est impossible. C’est pour cela que nous en faisons une priorité. C’est pour cela que nous allons être très regardants sur les comportements des uns et des autres. Qu’il s’agisse des footballeurs, des administrateurs, tout le monde sera sommé de respecter les règles. Il n’y a pas de beau match si les acteurs ne respectent pas les règles. C’est un de mes chevaux de bataille.

Qu’en est-il de la Direction technique nationale qui se meurt ?

Après avoir fait un état des lieux, il faudra penser à réorganiser cette direction importante qui est la base du développement du football. Il faut à sa tête des techniciens, des responsables compétents. On va certainement revoir son organigramme, imposer l’élaboration dans un bref délai d’un plan stratégique du développement technique du football. Désormais, la DTN doit travailler sur la base d’une feuille de route qui sera la matérialisation de notre programme. Nous avons prévu de mettre l’accent sur le football amateur, le football jeunes car c’est à ce niveau qu’on peut prendre l’élan pour développer le football en général. On s’attardera aussi sur le football féminin qui a de l’avenir au Cameroun. Sans oublier l’arbitrage qui connaît beaucoup de problèmes d’éthique et qui a besoin d’être réorganisé. Et on va se pencher sur le problème très sérieux de la Ligue de football professionnel du Cameroun.

Justement, comment sortir de la crise actuelle à la Ligue ?

C’est une urgence. Nous avons prévu une réunion avec le président de la LFPC dans les prochains jours pour une prise de contact déjà et à la suite, nous nous pencherons sur le problème actuel pour trouver des solutions à cette situation qui doit être vite réglée pour que le championnat reprenne au plus vite, compte tenu des impératifs de calendrier. Nous sommes la tutelle de cette Ligue et nous devons jouer notre rôle. Il est d’ailleurs question dans les prochains mois qu’une nouvelle plateforme de collaboration se mette en place avec toutes les ligues spécialisées, qui sont des démembrements de la fédération même si elles sont autonomes. Car il y va de l’image de la fédération. L’Elite One et Two sont la vitrine de notre football. La fédération ne peut pas se débiner face à ses responsabilités car ça concerne le football camerounais dans son ensemble.

Vous avez placé votre mandat sous le signe du rassemblement. Comment comptez-vous procéder ?

Nous avons été certainement élu sur la base d’un programme mais c’est surtout parce que nous avons tenu un langage de vérité car nous pensons très sincèrement que l’heure est au rassemblement. La grande famille du football, longtemps divisée, doit se ressembler autour de l’équipe que je conduis. Une équipe qui a l’intime conviction que le moment est venu de rebâtir cette maison qui était en lambeaux. Je tends la main, je lance un appel à toutes les personnes de bonne volonté qui ont la conviction qu’il faut rebâtir ensemble. Chacun peut apporter sa pierre à cette refondation. Je n’ai pas encore eu une démarche concrète et officielle envers qui que ce soit mais des contacts existent. Ma porte est ouverte. Certains sont déjà venus. Je suis favorable à les intégrer dans cette dynamique qui s’installe et voir ensemble ce qu’il y a lieu de faire.

Quelle place pour les Lions dans votre programme ?

C’est sûr que les Lions occupent une place prépondérante dans notre vision. Mais pour moi, les Lions sont cet arbre qui a longtemps caché la forêt. Car derrière, qu’est-ce qu’il y a ? Un football qui va mal, un championnat qui est mal organisé, des clubs qui ne gagnent pas sur la scène continentale, des problèmes d’infrastructures, le football jeunes qui ne marche pas. Quand les Lions ramènent une CAN, tout le monde est content mais en réalité, ça cache beaucoup de choses. Et ça a été peut être le problème car à chaque fois, ça nous a un peu endormis. Nous voudrions faire en sorte que les Lions soient encore meilleurs à travers un travail cohérent à la base. Si vous développez le football jeunes, si vous avez un management moderne au niveau de l’administration, un championnat de haute qualité, vous êtes certain d’avoir dans quatre ans une meilleure équipe nationale et de grands joueurs. On va continuer à professionnaliser l’encadrement des équipes nationales, car elles sont toutes concernées, mais le vrai travail qui produira des résultats plus tard, c’est la réorganisation de la gestion du football.

Comment redonner confiance aux acteurs qui sont sur le terrain ?

Il faut que la fédération soit le plus près possible de ceux qui font le football. Quand je parlais du football amateur, ça veut dire être au quotidien dans les régions,  dans les départements avec ceux qui se saignent. La fédération doit être réceptive à leurs problèmes et Dieu sait qu’ils en ont.  Notre rôle est d’assister ces acteurs qui, à cause de cette longue crise, ne se sentaient pas protégés. Les conditions de vie des footballeurs nous interpellent. Les clubs doivent respecter leurs engagements. Nous devons être à l’écoute dans la mesure du possible.

Le risque d’annulation du processus électoral n’est-il pas de nature à vous perturber ?

Nous n’y sommes pas indifférents. Je vois ce qui se passe, mais il ne faut pas se disperser. Le Comité de Normalisation a fait un travail salué par tous, qu'il en soit remercié. Je crois que le plus important aujourd’hui est de passer aux actes rapidement. Nous, on travaille. C’est pour cela que je réitère mon appel à l’endroit des acteurs : l’heure n’est plus à la contestation ni aux querelles juridiques. Le Cameroun ne peut plus se permettre de se donner en spectacle comme cela a été le cas ces dernières années. Et je crois que tous les acteurs sont fatigués de la situation. Les défis sont énormes, les attentes aussi. Nous allons nous efforcer à faire le maximum pour rapidement donner confiance aux acteurs, aux Camerounais parce que le football est sacré pour nous tous. Si mon message arrivait à convaincre, ça nous donnerait encore plus de courage pour aller plus loin et se battre pour le développement de ce football.

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