Le langage de la sincérité

Toutes oreilles étaient tendues pour entendre ce qu’il allait dire de cette fameuse histoire de la CAN 2019. Les voilà servies. A la manière unique de Paul Biya. Jamais avare en bons mots, et toujours amateur du contrepied, le président de la République a su répondre avec mesure et froideur à ceux qui attendaient une sentence impitoyable contre les responsables réels ou supposés du retrait de l’organisation de la 32e Coupe d’Afrique des Nations au Cameroun. C’était l’un des grands moments de la fin d’année 2018. Et depuis ce 30 novembre fatidique, Paul Biya ne s’était pas encore exprimé officiellement sur la question. Il l’a fait lundi soir, avec détachement et sagesse. Pouvait-on réellement en attendre moins, connaissant l’homme et son style ?

A la place du catastrophisme, du défaitisme, à la place d’une colère qui serait sans doute légitime, le chef de l’Etat indique, comme souvent, la voie de la pondération. Alors que beaucoup y voient encore une déroute mémorable, une « humiliation » insoutenable même, le chef de l’Etat, sans passion, préfère orienter les esprits encore un peu échauffés, vers ce « glissement de date » proposé par la Confédération africaine de Football. Le Cameroun en a pris acte et se doit de rester mobilisé. C’est le message fort de Paul Biya sur le sujet qui a fait et continue de faire des gorges chaudes depuis un peu plus d’un mois. Traduction : après la déception humainement compréhensible, il faut bien relever la tête et aller de l’avant.

Pa rachever les infrastructures sportives, sanitaires, routières, touristiques engagées dans l’objectif de l’organisation de la plus belle fête sportive continentale. Parce que tout est loin d’être perdu côté organisation de la CAN ; parce que, de toute façon, ces stades, routes, hôpitaux, hôtels et restaurants sont une propriété du peuple camerounais et vont servir à son épanouissement. Mais de là à conclure trop vite à un oubli des circonstances ayant conduit à cette situation, il y a un pas à ne pas franchir aussi allégrement. Paul Biya n’est pas homme à annoncer des sanctions de manière sensationnelle. Et les « données » dont il parle, en évoquant les raisons de la démarche de la CAF, vont sans aucun doute lui servir, pour tirer les leçons et les conséquences. On peut lui faire confiance.

Si le sujet CAN 2019 était la grande attente populaire du message à la Nation de Paul Biya, ce 31 décembre, il l’a adressé comme il l’a fait tout au long du discours, pour les autres grands sujets de préoccupation de l’heure. En se mettant audessus du lot. Non pas comme un monstre froid, totalement dépourvu de sensibilité. Mais à la manière du sage qui en a tant vu. Avec le recul, le souci de garder l’œil sur les objectifs prioritaires : le maintien de la paix et de la sécurité, le progrès du Cameroun, le bien-être des populations au quotidien. Ainsi, pour ce qui est de la situation d’instabilité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le président de la République est apparu tout aussi calme. Il le sait et le dit, le sujet retiendra l’essentiel de son attention en 2019.

Lui, l’apôtre de paix, est évidemment gêné par la tournure des événements, d’autant plus qu’il s’est attelé depuis deux ans à apporter des réponses successives aux problèmes spécifiques posés dans ces deux régions. A ceux qui prétendent qu’il est indifférent, le président de la République réitère en des termes simples mais clairs : « J’ai dit et je confirme que j’éprouve la plus grande sollicitude envers les populations de ces deux régions. Je suis très sensible à leurs inquiétudes concernant leur sécurité et à leurs aspirations touchant le retour au calme et à une vie sociale normale. »

Pour parvenir à restaurer la sérénité chère aux populations, le chef de l’Etat dans le sillage de son discours d’investiture le 6 novembre dernier, en appelle à la contribution de tous. C’est le chef de famille qui veut rassembler en passant le message de la participation de tous et de chacun à la paix dans la maison Cameroun. Volontiers réaliste, il reconnaît que les temps sont difficiles, rassure sur ses dispositions à tout mettre en œuvre – son énergie et sa riche expérience notamment – pour un retour à la normale.

Lui, fera ce qui est de son pouvoir. Au besoin, utiliser la fermeté en ordonnant de « neutraliser » ceux des combattants qui s’obstinent à perpétuer leur entreprise de guerre. Mais il sait qu’il réussira encore mieux avec tous les Camerounais, s’ils mettent la main à la pâte. Ainsi est apparu Paul Biya lundi soir. Lucide, tempéré, mais ô combien conscient de la responsabilité de père.

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