« Nous voulons qu’il y ait moins de malfaçons »

directeur général de l’Economie, de la planification et des investissements publics au Minepat.

Monsieur le directeur général, 2018 était annoncée comme l’année charnière pour les projets de première génération. Ont-ils finalement été tous livrés ?

Nous avons pour certains projets, des activités résiduelles en cours de mise en œuvre pour les rendre opérationnels. 2019 est considérée comme l’année de finalisation de ces travaux mais surtout de mise en service des grands projets construits depuis 2013. Pour ce qui est des projets de deuxième génération, des études ont déjà commencé au niveau de la direction générale de l’Economie en rapport avec les différents maîtres d’ouvrage concernés. Nous sommes en train de construire une cartographie des projets de deuxième génération et nous le faisons dans une démarche participative avec différents maîtres d’ouvrage. A ce jour, les projets de deuxième génération qui vont être lancés en même temps que la deuxième phase de notre vision de développement de la vision 2035, à partir de 2020, seront des projets d’une certaine échelle. Nous allons choisir des projets qui vont s’inscrire dans un continuum des projets de première génération.

Pour cette année budgétaire qui vient d’être lancée, quelles sont les priorités en termes d’investissements publics ?

Les priorités sont de plusieurs ordres. D’abord, nous devons veiller à l’achèvement des travaux relatifs à la Coupe d’Afrique des nations. La deuxième priorité, c’est que nous devons achever les projets inscrits dans le plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance mais aussi les mettre en service. La troisième priorité qui d’ailleurs se perçoit à travers la lecture qu’on fait des grandes masses du budget c’est les infrastructures. Nous allons continuer à leur accorder une attention particulière. C’est la raison pour laquelle, elles représentent à peu près 60% des ressources consacrées à l’investissement public. Une autre priorité du Bip 2019 est l’amélioration de l’efficience et de l’efficacité de l’exécution des projets. Le dispositif qui existe depuis 2017 va être renforcé et amélioré afin que les ressources qui seront mises à disposition soient gérées de manière à atteindre de meilleurs résultats en termes d’efficacité, d’efficience et surtout en termes de qualité. Nous voulons qu’il y ait moins de malfaçons, moins d’ouvrages abandonnés.

Nous allons, plus que dans le passé, veiller à ce qu’il y ait une traduction réelle entre des ressources consacrées à l’exécution des projets du Bip et les indicateurs socio-économiques. C’est-à-dire que nous allons nous assurer par exemple que les salles de classe construites ont comme effet immédiat non seulement l’amélioration du taux de scolarisation des régions bénéficiaires de ces ressources, mais aussi du rendement à terme de l’exécution. L’investissement public devrait contribuer à l’amélioration du climat des affaires. La logique qui fait de l’investissement public des ressources essentiellement dédiées à l’amélioration des conditions de vie des populations doit se poursuivre. Mais à côté d’elle, sera greffée une autre qui est celle de faire émerger l’initiative privée ou alors de la soutenir.

Autre innovation, nous nous sommes rendu compte qu’il y a de moins en moins de soumissionnaires pour les marchés publics pour différentes raisons, mais nous allons veiller à alléger le dispositif de contractualisation à notre niveau pour éviter que pour un même ouvrage, par exemple la construction d’une salle de classe et sa fourniture en tables-bancs ou encore la construction d’une clôture de cette salle de classe qu’il y ait trois opérations d’engagements distinctes. Parfois, le morcellement de cette procédure est source de découragement des prestataires. Nous allons veiller à ce qu’il y ait une seule opération pour un même ouvrage, même s’il y a trois types d’activités. Cette action vise à encourager les opérateurs privés à soumissionner parce qu’on s’est rendu compte qu’il y a une sorte de relâchement dans les soumissions inscrites dans le Bip.

On peut donc rêver d’un meilleur suivi des projets avec notamment l’entrée en vigueur du visa de maturité ?

A la faveur du décret du 21 juin sur la maturation des projets d’investissements publics, nous allons déployer nos équipes dans les différentes administrations et les collectivités territoriales décentralisées non seulement pour les sensibiliser sur l’importance de ce texte mais aussi les former, développer les capacités sur la nouvelle démarche de programmation et notamment de maturation des projets prescrites par le PM. Cette démarche de programmation dispose que pour qu’un projet d’investissement public ait une valeur juridique, il faut qu’il soit d’abord inscrit dans la banque centrale de projets et nous allons veiller à ce que tous les éléments de maturité qui sont prescrits par ce décret du Premier ministre soient respectés. Le ministère en charge des investissements publics a la charge pour les projets de plus de 100 millions de F de veiller à leur conformité. Mais pour les projets au-dessus de 100 millions de F, il revient au ministre de l’Economie de délivrer le visa de maturité qui est comme le sésame qui donne droit à la budgétisation et à la réalisation. Il s’agit d’une grande responsabilité qui est ainsi donné au Minepat qui va améliorer l’efficacité et la qualité des projets inscrits dans le Bip mais aussi les projets d’une certaine dimension. Le Minepat est en train de finaliser les textes d’application de ce décret du 21 juin. Cette année, la loi de finances a offert la possibilité aux collectivités territoriales décentralisées de gérer, planifier, programmer et suivre les projets d’investissements publics. Nous allons veiller à ce que ce transfert des pouvoirs soit faits selon les canons de ce décret. Les enjeux sont multiples.

Peut-on être rassuré de ce que tous les fonds seront mobilisés à temps pour l’exécution des projets prévus ?

Nous disons oui. Davantage avec cette disposition qui a été prise par le ministre des Finances de créer un compte séquestre à la banque centrale pour loger les ressources à hauteur de 100 millions chaque mois pour loger les ressources dédiées à l’exécution des projets d’investissements publics au niveau des collectivités territoriales décentralisées. Avec cette contribution du ministère des Finances à l'accélération de la décentralisation, les questions d’exécution liées au retard dans le déliement des ressources financières seront derrière nous. Parce que ce compte séquestre sera alimenté à hauteur de 100 millions chaque mois pour que les CTD n’éprouvent plus des difficultés pour réaliser leurs projets d’investissements publics issus des plans communaux de développement. Au niveau du ministère en charge des investissements publics, nous apprécions cette disposition parce que ça va nous permettre d’améliorer le taux d’exécution du bip.

L’objectif final de toutes les actions du gouvernement est l’amélioration des conditions de vie des populations. Peut-on espérer une embellie au cours de l’année à venir ?

Sur la base des hypothèses de l’élaboration du budget 2019, nous tablons sur 4.4% de taux de croissance. Cela augure justement que nous devrions être en train de sortir de la récession que nous avons connue entre 2016 et 2017. Les 4.4% de taux de croissance de notre point de vue peuvent être dépassées au regard de tout ce qui est mis en œuvre pour que le secteur privé puisse résolument prendre le relais du secteur public dans la génération de la croissance. Mais nous pensons aussi qu’au niveau de l’amélioration des conditions de vie des populations, le dispositif qui a été mis en place par le Minepat pour améliorer l’efficacité dans l’exécution des projets d’investissements publics va se traduire par un mieux-être. Cette efficacité, il faut la mettre en rapport avec le nouveau dispositif de budgétisation des ressources transférées aux CTD qui donnent la possibilité à ces institutions de planifier elles-mêmes leurs projets. Il y a également les 100 millions qui ont été alloués dans ce budget à toutes les communes pour financer les projets d’intérêt commun. C’est autant d’indice qui montre que 2019 sera une année totalement différente.

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