François Woukoache : coup de foudre pour le Rwanda

Il y a bientôt 20 ans, le réalisateur camerounais s’est installé dans ce pays pour poursuivre une recherche sur la période post-génocide.

François Woukoache est un de ces artistes discrets. Il préfère qu’on parle de son travail et non de sa personne. Difficile dans ce cas de le convaincre de prendre une photo pour illustrer un portrait de lui. Quelques minutes d’âpres négociations plus tard, il est enfin prêt à céder. Au Fespaco 2019, le réalisateur camerounais est venu avec « Ntarabana », titre de son documentaire réalisé au Rwanda, pays où il réside depuis 19 ans.

« Mon film parle du génocide, mais sous l’angle du pardon et de la réconciliation. J’essaye de comprendre pourquoi dans un événement pareil, certains basculent vers l’horreur et d’autres font des actes d’amour », explique-t-il. Sa passion pour le Rwanda débute en 1994, l’année du génocide. Il se trouve alors au Canada pour son deuxième film « Asientos », sur la traite des Noirs. Cet événement tragique bouleverse sa manière d’appréhender les gens, le monde, les films.

Quatre ans plus tard, il se décide à y déposer ses valises, mais surtout sa caméra. Il lance son projet de triptyque, une série de documentaires avec pour premier volet « Nous ne sommes plus morts » (1998). Entre-temps, il s’installe définitivement chez les Rwandais en 2000, et poursuit son travail de recherche ponctué par « L’espoir » (2007) et « Ntarabana » (2016). François Woukoache est né un 26 février 1966 au dispensaire de Messa à Yaoundé. Faire une carrière dans le cinéma, cet auteur d’une vingtaine de documentaires et de fiction était loin de se l’imaginer.

« J’ai toujours aimé le cinéma, même si au début ce n’était pas très clair dans ma tête que ce serait ma profession. J’ai vu mes premiers films à Mokolo à Yaoundé, où je suis né et j’ai grandi. Entre le Cinéma le Febe qui était à 100 mètres de chez nous et le Cinéma Rex qui était à la Briqueterie à moins d’un kilomètre », se souvient-il. Il passe son enfance à regarder beaucoup de films dans ces deux salles : indiens, westerns, chinois, américains… Il les aime et les regarde tous.

Un jour, il découvre Sembene Ousmane dans une projection au Centre culturel français. « Je me suis rendu compte que moi aussi je pouvais être à l’image, que comme lui, je pouvais raconter des films. On est dans les années 70, et en ce temps-là, faire du cinéma pour nombre de familles, c’était s’engager dans une voie sans issue », lance-t-il. Contre toute attente, sa famille « modeste mais formidable » selon ses mots, le laisse réaliser son rêve.

D’abord étudiant à la fac de sciences à Paris, il se retrouve plus tard sur les bancs de l’Ecole de cinéma de Bruxelles en Belgique. Son premier documentaire en 1991 est sur les funérailles de son père décédé en 1989. Documentaire qui lui ouvre pour la première fois les portes du Fespaco en 1993. Il y revient aguerri 26 ans plus tard.

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