Réflexions sur la crise

Les jours passent et telle une plaie qui ne se ferme pas, la crise dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest perdure, avec son lot de morts innocents, sacrifiés à l’autel d’un idéal déraisonnable, puisqu’il repose sur la partition du pays. Sans compter les vols, les mutilations, les enlèvements, les rançonnements, les destructions de biens, les assassinats des représentants des forces de l’ordre et de l’administration, et l’espèce de « Fatwa » dont sont frappés dans certaines villes les jeunes qui entendent exercer leur droit à l’éducation, ou les fonctionnaires et commerçants qui au nom de la survie quotidienne, tentent d’outrepasser les villes mortes décrétées illégalement.

Des atrocités perpétrées sans états d’âme. Inqualifiables et injustifiables. Pour les autorités du Cameroun, une telle situation est intolérable au regard de ses ravages sur les populations, les affaires et le vivre-ensemble. C’est bien pourquoi la restauration de la paix et de la sécurité dans ces deux régions reste un enjeu de taille et une priorité absolue. Le chef de l’Etat l’a réaffirmé il y a presque trois mois, jour pour jour, lors de sa prestation de serment de président élu devant la nation, en invitant solennellement les combattants sécessionnistes à déposer les armes. Mais il est sans doute prématuré d’évaluer la portée de cet appel, tant il est vrai que les actes de violence qui continuent de se perpétrer frappent l’imagination bien plus que les actions plus feutrées de dialogue, les contacts, les initiatives et décisions multiformes engagées par le président de la République pour paver le chemin de la paix.

Il est vital que le gouvernement poursuive sur cette ligne d’apaisement et de dialogue, tout en protégeant les populations civiles et l’activité économique de la terreur aveugle des milices sécessionnistes et des bandes armées. A vrai dire, ce que les Camerounais dans leur ensemble doivent bien comprendre, c’est que dans ce conflit, si les autorités ont bien pour devoir régalien la protection des vies et du tissu économique, le véritable enjeu pour elles, c’est de préserver la souveraineté du Cameroun et le respect de nos institutions. Cet enjeu est pour ainsi dire non négociable, car il s’agit de la survie du pays comme entité, et du sort de nos institutions, qui doivent rester inébranlables, fondées sur le roc. C’est une mission que l’Etat est condamné à réussir. En effet, dans un pays qui n’en serait plus un, parce que cassé, livré aux prédateurs, bien malin sera celui qui saura y défendre quelque prérogative ou bien personnel… Notre intérêt collectif est donc de défendre le Cameroun et de soutenir le gouvernement dans sa démarche globale. Ce qu’il faut intégrer aussi, c’est que nous ne devons pas être découragés par l’ampleur de la tâche et la lenteur des progrès accomplis.

Reconstruire prend toujours plus de temps que déconstruire, ce qui importe alors étant le leadership et la volonté d’avancer, de dialoguer et de réconcilier. Pour ce faire, le gouvernement de la République a grand besoin de la compréhension et du soutien de la population et des partenaires au développement. Car, si la réponse à cette crise sera bien camerounaise, parce qu’il est du devoir des dirigeants de tout pays de faire respecter les lois et d’aplanir les conflits internes, le soutien des citoyens, des partenaires et des pays amis est un formidable adjuvant, qui conforte les options et la méthode, tout en procurant la sérénité nécessaire à l’action du gouvernement. En ce qui concerne les populations locales, seules des cam pagnes d’explications claires et ciblées permettront aux autorités de gagner l’adhésion de l’opinion et la participation des populations à leur propre défense, lorsque nécessaire.

Ce fut le cas lors des campagnes contre le terrible ennemi Boko Haram. Quant aux partenaires, la condamnation ferme des atrocités commises par les sécessionnistes constituerait, sans aucun doute, un soutien de poids à la politique gouvernementale, car ne l’oublions pas, le bon sens voudrait que l’on classe certains des faits d’armes des sécessionnistes dans le registre du terrorisme. Au fond, cette violence aveugle et gratuite envers les citoyens ordinaires et les représentants de l’autorité de l’Etat n’est pas autre chose. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 à New York et l’internationalisation du terrorisme, le monde a appris à rester soudé face à l’un des plus grands fléaux de l’ère contemporaine. Cette solidarité et ce soutien sont donc souhaitables, pour les pays attaqués. Tant la posture terroriste, de par la radicalité du choix des armes contre des cibles non militaires, délégitime le dialogue, la concertation, le compromis.

Des notions qui se trouvent au cœur du processus de résolution des conflits. Certains pays amis ont aussi choisi de partager leur expérience multiculturelle avec le Cameroun, pour l’inspirer sur les réponses à apporter à la crise. Précieux concours, qui concrétise le concept de solidarité agissante. Aujourd’hui, le gouvernement continue à poser les jalons du dialogue, avec méthode et bienveillance. Ainsi, après avoir apporté des réponses bien au-delà de leurs demandes aux syndicats d’enseignants et d’avocats dont les revendications avaient signé le début de cette crise, les autorités ont créé la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme, sur le modèle canadien. Celle-ci a entamé des séances d’écoute dans les deux régions concernées, avant de mettre sur pied un plan de bataille contre les inégalités linguistiques et culturelles. Par la suite, 343 personnes arrêtées dans le cadre des exactions dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont été élargies dans un évident souci d’apaisement.

Vint alors le Plan d’assistance humanitaire aux populations sinistrées ou déplacées, qui a déjà permis de secourir 60.000 d’entre elles, avant la dernière initiative en date, la création de la Commission nationale de désarmement et de démobilisation, véritable main tendue aux combattants armés, qui rayonne dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest autant que dans l’Extrême-Nord. Comme on le voit, la détermination du chef de l’Etat est entière. Par des voies multiples et variées, il s’attèle à la résolution du conflit. Alors, à quand le bout du tunnel ? Dieu seul le sait. Ne perdons pas de vue que dans l’antichambre des crises de cette nature, des pêcheurs en eaux troubles manœuvrent souvent à l’ombre pour les étendre à l’infini, pour toutes sortes de raisons peu honorables. Quoi qu’il en soit, c’est une nouvelle épreuve pour le pays, après les tourments des années de braise et l’électrochoc Boko Haram. La détermination de Paul Biya, couplée au patriotisme de la majorité des Camerounais, restent les gages les plus sûrs de la victoire finale.

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