Cérémonie de clôture : les secrets d’un Etalon

Les statuettes qui seront remises aux lauréats demain sont signées Ali Nikiema, créateur officiel des trophées du Fespaco depuis plus de 20 ans.

Au détour d’une balade à Gnioncsin, le quartier des forgerons de Ouagadougou, se déroule une rencontre fortuite mais enrichissante. « Je fais juste deux minutes pour voir si mes parents n’ont besoin de rien. Ils sont vieux tu sais, donc de temps en temps je viens jeter un œil sur eux », lance Seïdou Dissa, notre guide dans la capitale burkinabé.

A quelques pas du domicile de la famille Dissa, des rires mêlés aux coups de marteaux retiennent l’attention. De loin, on l’aperçoit, l’air de rien, sur une table de travail. « Attends, cette statuette posée là-bas ressemble drôlement à l’Etalon d’or de Yennenga. » La jeune dame, une journaliste venue du Cameroun, avance de plus en plus vers ce groupe d’hommes qui la regardent curieusement.

L’envie de vérifier est trop grande. « Je peux toucher ? », demande-t-elle à un monsieur imposant, visiblement le patron des lieux. Requête acceptée. Oui, c’est bien lui, c’est l’Etalon d’or de Yennenga ! Pas tout à fait terminé, mais c’est bien lui. « Je l’ai porté avant le futur vainqueur », se réjouit-elle. Cette remarque détend l’atmosphère et emporte tous ces forgerons dans un fou rire.

Par le plus grand des hasards, cette visite à la famille Dissa un dimanche après-midi, va dépasser toutes les espérances. On est là, au bord de la lagune de Tanghin, dans l’antre d’Ali Nikiema, sculpteur-fondeur burkinabé de renommée internationale. Depuis plus de 20 ans, il est en charge de la confection des trophées du Fespaco pour le compte de son comité d’organisation.

Avec plaisir, il se plonge dans des explications liées à la fabrication de la statuette que tous les cinéastes africains rêvent de soulever un jour ou l’autre. « Les pièces en bronze sont conçues à partir de la cire d’abeille. Je compose alors la maquette. C’est à ce moment-là qu’il faut faire preuve de créativité.

Les pièces sont ensuite moulées dans de la terre glaise. Une fois que cette terre est sèche, j’en extrais les pièces. Dans le creux qu’elles ont laissé, je verse la cire liquide pour qu’elle épouse la forme. Enfin, quand la cire sèche, je casse la terre pour obtenir la forme finale », décrit Ali Nikiema.

Les statues sont ensuite nettoyées, poncées et passées à la patine, afin de donner la couleur voulue à l’œuvre : or, argent, bronze. Pendant une visite improvisée de son atelier, Ali Nikiema retrace brièvement son parcours. Son savoir-faire, il le tient d’un apprentissage de père en fils. La technique, il la peaufine dans des écoles d’art en Italie, en France et au Canada.

Ses œuvres sont exposées à plusieurs emplacements de la ville, au palais présidentiel, au Musée national et dans de célèbres galeries à travers le monde. Tiens, Seïdou Dissa est déjà de retour. Pour la journaliste camerounaise, il est temps de s’en aller. Pas sans une poignée de main ferme, signe de reconnaissance pour ce moment unique avec le concepteur du trophée le plus convoité du 7e art africain.   

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