Dr Guy Mvelle: «Trump a su utiliser un discours populiste»

 

les explications du spécialiste des relations internationales et enseignant à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC).

 

Donald Trump vient d’être élu 45e président des Etats-Unis d’Amérique. Quelle lecture vous inspire cette élection ?

La première observation à faire est que dans un système véritablement démocratique où les institutions sont sincères et transparentes, aucune élection n’est gagnée à l’avance. Les sondages peuvent s’agiter à vouloir gouverner la campagne électorale, avec tout ce que l’on peut y voir comme instrumentalisation, mais le résultat final est toujours obtenu au terme de l’élection. La deuxième observation est que la culture démocratique est importante pour la stabilité d’un système. Face à des résultats on ne peut plus transparents la morale politique veut que l’on reconnaisse son échec et la victoire du camp adverse, et que l’on commence à réfléchir sur nos échecs. La troisième et dernière observation est qu’il faut laisser les peuples s’auto-déterminer. Toute la classe politiquement correcte de la communauté internationale se moquait de Donald Trump à cause de son discours misogyne, populiste, irréaliste, raciste, isolationniste, oubliant que le dernier mot revient au peuple.

L’élection de M. Trump n’est-elle pas un rejet de l’ordre établi ? Avec qui pourra-t-il gouverner ?

Il est évident que Trump était un candidat anti-système qui a battu campagne contre l’establishment, on peut même dire qu’il a fait une campagne en opposant le peuple au système, aux institutions fédérales. Il a su- on peut le dire maintenant qu’il a réussi- toucher les laissés-pour-compte de la crise financière de 2008, le monde rural, alors que Mme Clinton avait un discours plus feutré et convenu dans lequel ne se sont pas retrouvés les «petits blancs» de la classe moyenne. Trump a su utiliser un discours populiste, c’est-à-dire un discours démagogique qui donne à croire que tout est possible alors que réellement ce n’est pas le cas. Mais en l’état actuel du système politique américain, M. Trump n’aura aucun problème à gouverner durant les deux premières années de son mandat car les Républicains ont la majorité dans les deux chambres du Parlement. Il lui reste tout simplement à se réconcilier avec l’establishment de son parti et tout ira mieux. Il a donc théoriquement les mains libres pour nommer les 4000 personnes qui vont diriger l’administration américaine les quatre prochaines années.

Le président Trump peut-il aller jusqu’au bout de sa logique ? Pourra-t-il permettre aux Etats-Unis de retrouver leur suprématie économique et géostratégique comme il l’a promis?

Une chose est sûre, le président Trump devra gommer son discours populiste et se présidentialiser. M. Trump a commencé à se présidentialiser dans sa première déclaration après avoir été définitivement élu, en précisant qu’il sera le président de tous les Américains, et qu’il entretiendra des relations «honnêtes» avec les autres Etats du monde. Que signifie relations honnêtes pour un président américain qui a la lourde charge de veiller à la stabilité du système international, de défendre les intérêts stratégiques des Etats-Unis, d’assurer la puissance américaine, de promouvoir les valeurs que défend l’Amérique, d’assurer le rayonnement de sa politique étrangère, et de maintenir son prestige quelque peu concurrencé avec le retour de la Russie de Poutine sur la scène internationale, et la montée de la Chine au plan économique. Après l’euphorie de la victoire, Donald Trump va se rendre très vite compte qu’il a le job le plus difficile au monde.

 

-Dr. Guy Mvelle : «Le président Trump devra gommer son discours populiste et se présidentialiser».

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