« Le Cameroun peut être fier de sa littérature »

Désiré Atangana Kouna, co-auteur de « La littérature camerounaise d’expression française : des années de braises aux années d’espérance ».

Vous venez de commettre un ouvrage intitulé : La Littérature camerounaise d’expression française. Des années de braise aux années d’espérance. Quelle est la genèse de cet ouvrage ?

L’idée que le Professeur Richard Laurent Omgba et moi-même avons eue de coréunir de nombreux chercheurs camerounais pour revisiter la littérature camerounaise d’expression française de ces vingt dernières années est née de quelques observations de la scène littéraire camerounaise. Il y a son caractère luxuriant et dynamique : le nombre d’auteurs s’est multiplié de manière très exponentielle et surtout substantielle. En très peu de temps, plusieurs jeunes auteurs ont émergé et ont imposé leurs noms dans les annales de la culture camerounaise, tant à l’intérieur du terroir que sur la scène internationale. C’est aussi une littérature qui a gagné en prestige. Sur ce dernier plan, il n’y a qu’à dénombrer le nombre de lauriers récoltés par ses auteurs en très peu de temps d’ailleurs : une dizaine de prix.

De 1990 à 2017, on a l’impression que vous faites une comparaison entre les auteurs d’hier et ceux d’aujourd’hui. Pensez-vous que la relève soit assurée ?

Pour parler de la littérature camerounaise contemporaine en un mot, il faudrait peut-être emprunter à ces vers d’Alfred de Vigny : « Si l’orgueil te prend ton cœur quand le peuple me nomme,/Que de mes livres seuls te vienne ta fierté ». Le Cameroun peut être fier de sa littérature, fier de ses auteurs, qui ont « fait illustre un nom qui [leur] a [été] transmis sans gloire » par le colon. Ils ont « mis sur le cimier doré du gentilhomme/Une plume de fer qui n’est pas sans beauté ». C’est dans ces termes, me semble-t-il, qu’il faut parler de la littérature camerounaise d’expression française dans sa globalité. Loin de nous donc l’idée de procéder à une comparaison des littératures, pour ne pas avoir à hiérarchiser. On peut évidemment séquencer cette littérature et dégager les spécificités, les qualités et probablement les insuffisances de chaque période littéraire au plan esthétique.

Comment se porte la littérature camerounaise aujourd’hui ?

Je dirais, sur une échelle d’annotation à trois entrées : Très bien, passable, insuffisant. Cela peut paraître paradoxal au regard du dithyrambe qui a précédé, mais c’est une nuance. Au plan de la production, c’est-à-dire des auteurs, des thématiques, de la créativité et de l’inventivité, la littérature camerounaise se porte très bien. Il n’y a qu’à voir les lauriers engrangés et, comme je l’ai dit tantôt, le caractère foisonnant ou luxuriant de cette littérature, tant du point de vue de la quantité des auteurs et de leurs écrits que de celui des contenus de ces expressions. Les écrivains camerounais figurent aujourd’hui dans les palmarès des auteurs africains francophones les plus étudiés au monde. Mais cette euphorie est vite tue au regard de la diffusion très mitigée de cette littérature à l’intérieur du terroir notamment et de l’existence d’une édition conquérante ou militante pour promouvoir les auteurs du terroir. Insuffisant du point de vue de la réception.

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category