Dérives: la folie des réseaux sociaux

La décence et la conscience professionnelle sont de plus en plus sacrifiées au profit d’un exhibitionnisme et d’un sensationnalisme de mauvais aloi.

Trois infirmières de l’hôpital de district de Deïdo ont été suspendues de leurs fonctions par le ministre de la Santé publique pour manquement à l’éthique. C’est l’annonce choc de ces derniers jours. Elle est consécutive au décès accidentel d’un jeune élève du lycée de Deïdo à Douala et dont les derniers soubresauts ainsi que les derniers spasmes pour s’accrocher à la vie, ont été indécemment filmés et diffusés sur les réseaux sociaux par ces membres indélicats du corps médical. Cédant à la mode de l’exhibitionnisme et du voyeurisme des réseaux sociaux, ces personnes ont oublié l’essentiel : faire preuve de professionnalisme et sauver des vies.

Le secret médical et l’humanisme ? Il faudra repasser ! L’épisode de l’hôpital de Deïdo rappelle, les images choquantes de l’ancien capitaine des Lions Indomptables, Rigobert Song Bahanag gisant inconscient sur son lit de malade dans une formation sanitaire de Yaoundé. Là également des indélicats avaient capté toute honte bue des instants de détresse et d’impuissance de l’ancien footballeur pour les exhiber à la face du monde. Les incidents évoqués précédemment ne sont malheureusement qu’un échantillon non représentatif des dérives que l’on observe sur la toile. En effet, les smartphones agissent désormais comme de véritables mouchards qui filment tout et révèlent tout sur les réseaux sociaux.

Sans scrupules ! Personne n’est alors à l’abri des effets pervers de l’Internet, mieux de l’action des utilisateurs mal intentionnés des réseaux sociaux. Tout y passe : correspondances administratives revêtues du sceau confidentiel, procès-verbaux d’auditions de prévenus, rapports de police, dossiers médicaux, documents officiels et tutti quanti. La mesure de suspension des infirmières de l’hôpital de Deïdo est un cinglant rappel à l’ordre pour tous ceux qui développent le vilain réflexe de tout exhiber, au mépris de la décence, de l’éthique et de la conscience professionnelle. Mais les dérives dépassent le cadre professionnel.

Les « réalisateurs» de cinéma de pacotille qui filment et diffusent tout se recrutent partout. Les levées de corps dans les morgues offrent ainsi un af fligeant spectacle où des dizaines de personnes « tétanisées » (?) par la douleur, téléphones au point, filment à tout va et font des diffusions en direct (live) sur Internet. Idem pour les scènes d’accident, où le bon réflexe de secourir les accidentés est relégué au second plan au profit du « live » sur Facebook. Vivement un retour au bon sens et à la décence.

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