« Je ressens une immense gratitude »

Aïssa Doumara Ngatansou, lauréate du Prix Simone Veil.

Il y a quelques semaines vous avez été reçue par le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron et aujourd’hui le chef de l’Etat camerounais vous écrit personnellement. Comment ressentez vous ces marques d’estime ?

Je ressens une immense gratitude. Je suis rassurée également, car j’ai la confirmation que je suis écoutée en de très hauts lieux. J’ai également le sentiment que la cause des femmes est prise à cœur et se trouve au centre des préoccupations des dirigeants de la France, mais aussi de notre pays le Cameroun et du monde entier. C’est une passion et un engagement pour une cause, que j’embrasse corps et âme et tant que les violences faites aux femmes persisteront, mon association et moi allons continuer à faire ce nous faisons, car c’est pour la bonne cause. C’est une très grande joie pour nous, et nous ne regretterons jamais ce dans quoi nous nous sommes engagées.

Comment êtes-vous entrée dans ce combat contre les violences faites aux femmes ?

Mon militantisme a débuté dès mon plus jeune âge. Toute petite, j’avais déjà observé la différence entre le traitement qu’on accordait à mon frère, et à moi-même. Déjà à l’école, j’observais la façon dont les ensei gnants s’adressaient aux filles. Je me souviens qu’en classe de CMI alors que j’avais 10 ou 11 ans, je n’avais pas obtenu la note qui devait me permettre d’aller au CMII. J’étais à l’« Ecole des garçons » à Garoua. A la rentrée, je suis allée, sans demander la permission à mon papa, solliciter mon transfert à l’école des filles, à l’époque « Ecole publique de Koléré ». Le directeur avait demandé que j’aille chercher mes parents. J’avais prétexté que mon père avait voyagé. J’avais fait toutes les démarches pour obtenir mon transfert. Je l’avais fait pour moi-même et pour ma sœur cadette. Notre frère Amadou était resté à l’école des garçons. Lorsque ma mère est décédée, j’avais fait la cuisine pour la première fois et ma tante était dans notre maison. Quand mon père est rentré, elle était toute heureuse d’annoncer que sa fille était déjà une grande fille et qu’elle savait faire à manger. Et la réponse de mon père est restée jusqu’à ce jour gravée dans ma mémoire : « C’est son mari qui sera plutôt heureux ». Imaginez un enfant de 11 ans à qui son père dit une telle chose! Je ne comprenais pas. Je crois que cela a commencé à cultiver les grains du militantisme. Et plus tard, quand j’ai rencontré d’autres femmes en 1996, c’était tout naturellement que je me suis véritablement engagée dans cette bataille-là. Comment comptez-vous étendre les activités de l’ALVF ? L’association est née à Yaoundé en 1991, et nous avons installé notre branche de l’Extrême-Nord en 1996. Nous envisageons faire de l’ALVF une structure pas seulement nationale mais internationale. D’ailleurs, la méthode de travail que nous utilisons ici à Maroua a été reprise par le gouvernement sénégalais qui a intégré notre approche dans sa politique nationale de lutte contre les violences basées sur le genre. Nous siégeons aussi dans les comités de pilotage de certains projets panafri cains, à l’instar du projet « Nous sommes la solution », où nous avons siégé à partir de 2011 comme membre du comité de pilotage basé au Sénégal. Ce projet est mis en place dans cinq pays d’Afrique, notamment le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Ghana et le Benin. Nous sommes également membre du « Femnet », un réseau de communication et de plaidoyer pour les femmes africaines qui couvre 46 pays de l’Afrique. C’est une passion et un engagement pour une cause, que nous embrassons corps et âme et tant que le problème persistera.

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