Douala: les visages d’un fléau tenace

La bataille se poursuit contre des habitudes qui ont la peau dure. Zoom sur quelques facettes du fléau.

Le non-respect du code de la route 

« S’il fallait sanctionner les fautes liées au non-respect du code de la route, les gens iraient à pied à Douala ». Cette déclaration de Gabriel, chauffeur de taxi peint la réalité des rues de la capitale économique camerounaise. Dans ce registre, les motostaxis détiennent la palme d’or. Pour ces derniers, les feux de signalisation sont faits pour les automobilistes. A les voir, la route n’a aucune limite. Elle s’étend d’un trottoir à un autre en passant par la chaussée et les terre-pleins quand il s’agit d’une route à deux voies. Dans ce derniers cas, lorsqu’un piéton traverse la route, il vaut mieux faire attention car une moto peut surgir de partout, même d’un sens interdit. Comme un virus, les « bend skins » ont instauré l’anarchie dans les rues de Douala. Elles dictent leur loi… Tant et si bien que les automobilistes, toutes catégories confondues, en ont été « contaminés ». Le phénomène est très visible sur les routes à deux voies où des usagers roulent allègrement en sens interdit. Les chauffards actionnent alors le double clignotant. « C’est à croire que toutes ces voitures vont aux urgences… », fait remarquer Boris Mpande, habitant de la ville. Les injures et les propos haineux font partie du quotidien des usagers de la route. Tout le monde a raison, personne n’a tort. Situations qui aboutissent très souvent à des bouchons, donnant du fil à retordre aux policiers. Le carrefour Ndokoti ou encore le lieu-dit feu rouge Bessengue en sont de bonnes illustrations. Qui, parmi ces usagers, est vraiment allé à l’auto-école ?

Occupation de la chaussée et des emprises

A Douala, l’occupation anarchique de la chaussée et des emprises des voies publiques est devenue une véritable gangrène. Au marché Ndogpassi II par exemple, les comptoirs de fortune s’étendent jusqu’à l’intérieur des espaces verts aménagés pour l’embellissement de la ville. Au lieu-dit transformateur Yassa, le rond-point a été investi par des vendeuses de vivres. Il en est de même des emprises de la route… L’excuse est connue : « On se débrouille au lieu d’aller voler. C’est avec ça qu’on envoie les enfants à l’école »… Les nouveaux aménagements du deuxième pont sur le Wouri ont été transformés en gare routière et marché spontanés. Au marché Congo par exemple, en cas d’urgence, il est difficile, voire impossible pour les secours de circuler. Sur le site des travaux d’aménagement de la pénétrante Est, un commerçant dont la boutique avait été partiellement démolie a, de manière ostentatoire, exposé une partie de sa marchandise en pleine zone du chantier. « C’est de la provocation », a commenté un riverain. En soirée, certaines rues sont transformées en terrasses où la bière coule à flots. C’est encore et toujours la débrouillardise. Surtout, ne vous avisez pas de faire la morale aux disciples de Bacchus qui occupent les lieux, au risque de vous faire lyncher, au propre et au figuré. Cérémonies de fêtes et obsèques sont organisées en pleine rue, bloquant la circulation. Le même désordre est observé dans les parkings.Tout est permis, sauf le respect des normes.

Les constructions anarchiques

Le 23 avril dernier, un incendie a ravagé toute une concession vers Grand Moulin. Alertés, les sapeurspompiers ont perdu une vingtaine de minutes à chercher une voie d’accès… Pendant ce temps, les flammes consumaient des maisons. Cet énième incendie démontre les conséquences des constructions anarchiques dans la capitale économique. Les servitudes sont envahies par des baraques de fortune faisant office de comptoir commercial, quand le domicile privé n’a pas été étiré comme du caoutchouc. La construction des maisons dans les zones marécageuses est l’une des singularités de la ville. Des pans de quartiers entiers sont logés dans les « élobi ». Les déguerpissements survenus à l’occasion des travaux de drainage pluviaux en sont un indicateur. En saison des pluies, ces quartiers se transforment en petites « Venise » camerounaises, à cause des inondations fréquentes. « A démolir CAD… », peut-on lire sur certains murs. L’inscription finit par faire office de signe distinctif du domicile de X. On signe et on persiste… « Seul le Caterpillar viendra me déraciner d’ici », arguentils souvent, très sûr d’eux, au mépris des risques. Malheureusement pour certains, leurs propos deviennent réalité. Toutes choses qui limitent considérablement les interventions des forces de maintien de l’ordre ou des sapeurs-pompiers en cas de sinistre.

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