Une graduation dans l’action

La relance du dialogue s’inscrit dans la continuité des mesures concrètes déjà prises par le chef de l’Etat Paul Biya pour répondre aux préoccupations exprimées par ses compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Les déclarations faites par le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, qui a achevé hier une visite de travail de quatre jours dans la région du NordOuest, montrent que les lignes vont davantage bouger dans un futur plus ou moins proche. En effet, sur hautes instructions du président de la République, il s’est rendu à Bamenda depuis jeudi dernier pour rencontrer les forces vives de la région afin de jeter les bases d’un dialogue plus approfondi. « Le président m’envoie dire aux populations du Nord-Ouest que, hormis la séparation et la sécession, tout sujet politique peut être discuté et il se prépare à le faire », a annoncé le chef du gouvernement. Révélant même que le chef de l’Etat est « en train d’organiser des rencontres » dans le cadre de ce dialogue qu’on pourrait qualifier de renforcé, sans en préciser les contours ni l’agenda. De son côté, depuis environ trois semaines, Paul Biya multiplie les déclarations sur Twitter, appelant ses concitoyens à l’unité, au pardon et à la paix. A vrai dire, il y a une logique, voire une certaine graduation dans l’attitude présidentielle. Les observateurs avertis relèvent à ce propos que l’accélération de la concertation en gestation aura été précédée par des réponses tangibles d’ordre institutionnel apportées pour résoudre les préoccupations exprimées par les compatriotes des deux régions anglophones au cours des deux dernières années. CT en rappelle les plus significatives.

Création du ministère de la Décentralisation et du Développement local

Dans le message de fin d’année 2017 du chef de l’Etat à la Nation, Paul Biya a affirmé que « les consultations que j’ai menées, mais aussi les multiples avis et suggestions que j’ai recueillis, m’ont conforté dans l’idée que nos concitoyens souhaitent participer davantage à la gestion de leurs affaires, notamment au niveau local ». Passant de la parole aux actes, il a créé le ministère de la Décentralisation et du Développement local, à l’occasion du réaménagement du gouvernement intervenu le 2 mars 2018. Avec l’avènement de ce département ministériel dédié et déjà à l’œuvre, le chef de l’Etat a incontestablement progressé dans la mise en œuvre d’une solution concrète à un problème douloureux qui perdure et qui perturbe l’économie, la sécurité et la cohésion sociale. La tenue, du 6 au 7 février 2019 à Yaoundé, des premières Assises générales de la commune, sur instruc tion du président de la République, a eu le mérite de placer désormais les collectivités territoriales décentralisées au cœur des enjeux du développement.

Création de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme

S’adressant à ses jeunes compatriotes lors de la 52e édition de la Fête de la jeunesse, le chef de l’Etat a expliqué que la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme va permettre de « s’attaquer au cœur du problème ». De fait, cette structure qui a été créée par un décret présidentiel signé le 23 janvier 2017, est placée sous l’autorité du président de la République lui-même. Elle est chargée d’œuvrer à la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix, de consolider l’unité nationale et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations. Depuis lors, les membres de la Commission dirigée par l’ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge sont à l’œuvre.

Création du Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration 

Pour éviter, comme il l’a dit lui-même, «  le recours à des mesures extrêmes », Paul Biya a décidé de mettre sur pied un « Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration ». Cet organisme, qui a vu le jour le 30 novembre 2018, est placé sous l’autorité du Premier ministre, chef du gouvernement. Il a pour mission d’organiser, d’encadrer et de gérer le désarmement, la démobilisation et la réintégration des ex-combattants de Boko Haram et des groupes armés du Nord-Ouest et du Sud-Ouest désireux de répondre favorablement à l’offre de paix qui leur a été faite. En prêtant serment pour un nouveau septennat à la tête de l’Etat le 6 novembre 2018, le président de la République avait déclaré que « cette initiative (…) offre une porte de sortie honorable à ces ex-combattants ainsi qu’une perspective de réinsertion sociale. Elle devrait permettre le retour au calme et à une vie normale ». Le Comité dispose de centres régionaux à Bamenda, Buea et Mora et les fruits de ses premières actions sont prometteurs.

Mise en place d’un Plan d’assistance humanitaire d’urgence

Solidaire des souffrances des populations déplacées parce qu’elles fuient les atrocités commises par les sécessionnistes, le chef de l’Etat a prescrit la mise en place du Plan d’assistance humanitaire d’urgence dans les régions du Nord-Ouest et du SudOuest. Ce plan a été lancé par le Premier ministre le 20 juin 2018 à Yaoundé. Coût global de l’opération, un peu plus de 12,7 milliards de F CFA. Le lancement officiel de la distribution des aides collectées par le Minat a eu lieu à Douala le 13 juillet 2018 et à ce jour, plus de 60 000 personnes ont déjà reçu des aides humanitaires et 152 000 déplacés internes dans ces régions ont été enregistrés.

Réforme de l’ENAM

En outre, le président de la République a ordonné la mise en place, sous la supervision du ministère de la Justice, d’un groupe de travail chargé d’une part, de préciser le contenu des programmes d’enseignement dans les Universités, pour ce qui est des matières juridiques en vue des carrières judiciaires et, d’autre part, le contenu des programmes de formation des élèves de la Division de la magistrature et des greffes à l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature (ENAM). Il y a aussi le recrutement d’un plus grand nombre d’enseignants anglophones à la Division de la magistrature et des greffes de l’ENAM, afin de pallier l’insuffisance et l’indisponibilité des enseignants d’expression anglaise.

Réforme de la Cour suprême

Pour s’assurer du respect de la Common Law à la Cour suprême, le président de la République ainstruit d’élaborer et de lui soumettre un projet de loi modifiant son organisation et son fonctionnement, pour y intégrer la Section de la Common Law. La création de la section de la Common Law à la Cour suprême est effective depuis le 12 juillet 2017 et Epuli Mathias Aloh a été nommé président de la chambre judiciaire de la Cour suprême lors des travaux du Conseil supérieur de la magistrature présidés par le chef de l’Etat le 7 juin 2017. C’est le premier ressortissant d’expression anglaise à accéder à cette fonction de président de la chambre judiciaire de la Cour suprême

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