Intégration nationale : Mbandjock, le bel exemple

Cette ville sucrière du département de la Haute-Sanaga a fait de cet idéal un mode de vie depuis des décennies.

L’image est assez saisissante en ce début de semaine ensoleillée à Mbandjock. Sous des arbres, au quartier Mambra I, des jeunes gens de différents âges devisent autour d’un pot. Chômage, politique, sport et faits divers, tout y passe. Et même leurs exploits auprès de la gent féminine. Venus des quatre coins du Cameroun et même des pays voisins, ces derniers ont pris l’habitude de se retrouver régulièrement en ces lieux pour discuter de tout et de rien. Etant donné que nombre d’entre eux ont vu le jour dans cette localité, il est parfois difficile de distinguer un beti d’un bamiléké, un gbaya d’un moundang ou un babouté d’un bassa. Dans leurs conversations, tous semblent désormais se revendiquer de cette localité située sur la Nationale n°1. Des scènes de vie comme celles de Mambra I sont courantes à Mbandjock où depuis les indépendances, de nombreuses communautés venues à l’aventure de la Société sucrière du Cameroun, s’y sont définitivement établies et ne comptent plus en repartir. 

Savant mélange intercommunautaire

Avec à la manœuvre un certain René De Gaulle Bagdama Amati, alors chef du personnel de la jeune structure, dépêché à travers le pays pour recruter une main d’œuvre devant contribuer au décollage de cette jeune entreprise créée en 1965, Mbandjock va connaître un afflux de populations. En plus des Camerounais, le périple de ce jeune cadre réputé dynamique qui deviendra par la suite maire de la localité aura le don de faire courir des ressortissants des pays étrangers à la recherche d’un mieux-être. Le personnel de l’entreprise est constitué en grande partie de la descendance des pionniers. Avec le temps, Mbandjock a cessé d’être la terre des seuls autochtones babouté et ehan pour devenir une véritable ville cosmopolite où cohabitent en parfaite harmonie une trentaine de communautés. Donnant ainsi lieu à un savant échange de traditions et de cultures. «Aujourd’hui, nos sœurs du nord savent déjà attacher le bâton de manioc comme nous du sud. Nous aussi avons appris à bêcher avec des houes à long manche comme nos sœurs du nord alors que nous étions jusque-là habituées aux houes à court manche », souligne Marguerite Mbia, habitante de Mbandjock. « L’okok et les feuilles de manioc faits à base d’huile de palme et d’arachide font désormais partie de notre menu », souligne Hawa Maïmouna, originaire de Kaélé dans la région de l’Extrême-Nord. 

Entre Mbandjockoises et Mbandjockois

Comblés par l’hospitalité de Mbandjock, certains ex-employés de la société sucrière n’ont plus jamais pensé à retourner dans leurs localités d’origine, une fois l’heure de la retraite sonnée ou le travail terminé. Même si d’aucuns disent y retourner de temps en temps lors de grands évènements, à l’instar des deuils, funérailles ou mariages. Ayant acquis des parcelles à Mbandjock, ils se réclament dorénavant de cet arrondissement paisible du département de la Haute-Sanaga et comptent y être enterrés le moment venu, comme certains des leurs. De même, certains fonctionnaires, après un passage professionnel, ne résistent pas à la tentation de l’implantation. Nombre d’entre eux y ont acquis une parcelle de terrain et ont désormais un pied à terre. Pour davantage renforcer ce sentiment d’appartenir à une même nation, les autorités de la localité ne cessent de jouer leur partition. Avec le concept de « Mbandjockoises » et « Mbandjockois », les 22 000 âmes qui peuplent les 889 km² de superficie se sentent dépendre d’une même et unique localité : Mbandjock. Elles ont ainsi choisi volontairement de ranger au placard leurs origines pour se revendiquer de cette dernière. Dans le cadre des manifestations marquant la célébration du 47e fête de l’Unité nationale, un tournoi de football organisé par l’administration bat son plein au stade du foyer de la Sosucam. Afin de raffermir ce brassage entre communautés.  
 

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