Accidents de la route: des responsabilités partagées

Les populations s'affolent des chiffres des accidents de la route, sans s'apercevoir que chacun parmi nous y joue un rôle.

Au Cameroun, on a plus de chance de mourir d’un accident de la circulation qu’on ne l’imagine. Et alors que les hécatombes persistent sur nos routes, des doigts accusateurs rejettent la faute sur les principaux acteurs que sont les chauffeurs. Ils ne sont pourtant pas les seuls en cause. Des pouvoirs publics aux piétons, en passant par les autoécoles, les voyageurs eux-mêmes, chacun, par ses manquements ou les dysfonctionnements qu’il occasionne, est responsable des accidents de la route.

L’Etat

Il est le principal responsable de l’état du réseau routier. L’Etat doit ainsi créer et entretenir de bonnes routes. Chacun peut cependant constater la dégradation des chaussées ou le vieillissement de la signalisation, qu'il s'agisse des marquages au sol ou des panneaux. Les défauts d'entretien peuvent prendre de nombreuses formes : chaussée constellée de nids de poule, présence d'obstacles ou de flaque d'huile sur la chaussée, aménagements non réglementaires et dangereux tels que les dos d’âne souvent abrupts, entre autres. Dans leur lutte quasi permanente contre l’insécurité routière, les pouvoirs publics multiplient également les réformes. Hélas, la plupart ne va pas toujours jusqu’au bout. C’est le cas avec la réforme du permis de conduire, du processus d’obtention de la vignette de visite technique, du renouvellement du parc automobile, de la lutte contre les surcharges, notamment. Il en va de même avec la répression des actes d’insécurité routière : les mises en garde avant suspension de licence et autres sanctions sont interminables, quand elles ne demeurent pas une vue de l’esprit.

Les formateurs

Selon les chiffres officiels près de 50% d’automobilistes ne disposaient pas du permis de conduire en 2012. Au regard de la multiplication des drames sur les routes, les regards se sont tournés vers les circuits de formation au coeur de nombreux dysfonctionnements. Apprentissage sur le tas, achat du précieux sésame, conduite sans permis, etc. Pour limiter les dégâts, décriés par les formateurs eux-mêmes, les autorités du ministère des Transports ont pris le taureau par les cornes instituant les auto-écoles agréées, la formation en conduite obligatoire, l’examen unique du permis de conduire… Des mesures qui tardent à produire des résultats probants, les promoteurs d’autoécoles étant les premiers à ouvrir des brèches dans le système. D’où des manquements et dérives persistants dans l’examen du permis de conduire et la délivrance du document. Malgré le verrouillage du circuit en 2009 avec l’informatisation du permis, des curiosités se produisent toujours.

Les transporteurs

Ils sont les principaux acteurs des films d’horreur tournés sur nos axes routiers. Il y a d’abord les promoteurs des compagnies de voyages qui font des investissements minimalistes tout en lorgnant de gros gains. Ainsi dans leurs parcs automobiles, ils offrent généralement une seconde vie à des vieilles guimbardes ayant fait carrière en Europe. Du coup, quasiment rien, de l’ergonomie à la pneumatique, n’y répond plus aux normes. Et les hommes pour faire tourner l’affaire sont traités tout comme ces outils de travail. Taillables et corvéables à merci. Pas de repos. Pour soutenir le rythme des rotations, d’aucuns usent de drogues et d’alcool. Selon les experts, 80% des accidents de la circulation sont dus aux négligences humaines. Celles des chauffeurs en particulier. De nombreux témoignages de rescapés d’accidents font état de ce que le chauffeur dormait, roulait à tombeau ouvert, était fatigué ou au téléphone, ou encore effectuait un mauvais dépassement.

Les voyageurs

Ils sont parfois les complices de leurs propres malheurs. Il y a toujours dans les bus de transport interurbain, des voyageurs pressés d’arriver, tenaillés qu’ils sont par un rendez-vous d’affaires ou galant. Jamais assis loin du chauffeur, ils incitent ce dernier à rouler vite. Et s’ils sont nombreux à agir ainsi, le chauffeur conduit sous pression et subit des engueulades en règle s’il n’obtempère pas

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