« On m’a rasé la tête avec une lame »

Ruth Ekout née Aboui Beyeme, présidente du réseau des associations des veufs, veuves et orphelins (Ravors), raconte son expérience des rites de veuvage.

« J’ai subi les rites de veuvage après le décès de mon époux en 2007. Ça n’a pas été une période facile. J’ai accepté de me soumettre à ces rites, même si mon mari avait demandé que je ne passe pas par cette épreuve, surtout après avoir été à son chevet durant ses cinq années de maladie. A sa mort, on m’a rasé la tête avec une lame. Alors que son corps était gardé à la morgue pendant deux semaines, j’ai dû dormir sur un matelas à même le sol. Je n’ai pas assisté à son enterrement, car ma belle-famille m’a dit que cela allait à l’encontre des traditions. Donc dès la fin du culte, j’ai été conduite dans une maison au moins à 200 mètres du lieu du deuil. Je n’ai pas pu lui faire mes derniers adieux, ce qui m’a franchement marquée négativement. J’ai passé trois jours dans cette maison, et ce n’est qu’à ma sortie que j’ai pu voir où mon mari avait été enterré. 
Le lendemain, j’ai été forcée de me laver dans un marigot devant quelques cousins de mon mari. Ils décrivaient mes formes en ricanant et en faisant des blagues indécentes. Le jour où je devais sortir de la maison, des femmes sont venues avec des morceaux de bois qu’elles tapaient sur ma tête en énumérant tous mes défauts. Voilà grosso modo le genre de violences que j’ai subies après le décès de mon mari. 
Notre association, Ravors, existe depuis 2011 et compte une trentaine de veuves actives avec plus de 50 orphelins. Nous l’avons créée parce que nous avons fait le constat que ces traitements horribles continuent. Au regard de toutes les atrocités que subissent les femmes lorsqu’elles perdent un conjoint, et autres maltraitances, nous avons pensé qu’il est important de les soutenir, pour qu’elles ne deviennent pas mendiantes, mais par contre participent au développement. Nous leur proposons des formations dans les petits métiers, des causeries éducatives qui leur permettent de prendre connaissance de leurs droits et devoirs. » 
 

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