Lutte contre Boko Haram : les contours de la riposte globale

Il y a un mois exactement, Niamey la capitale nigérienne abritait le deuxième forum des gouverneurs des Etats et régions touchés par les exactions de Boko Haram. Comme conclusion majeure de ces travaux qui ont connu la participation de Midjiyawa Bakari et Jean Abate Edi’i, respectivement gouverneurs des régions de l’Extrême-Nord et du Nord pour le compte du Cameroun, la mise sur pied d’un Fonds régional de stabilisation dans le cadre de la lutte contre la secte terroriste doté d’une enveloppe de 100 millions de dollars pour son lancement, soit environ 60 milliards de F. La rencontre de Niamey a vu la participation et l’engagement d’un certain nombre de pays et de partenaires internationaux aux côtés des Etats membres de la Commission du bassin du lac Tchad. Ceux-ci ont marqué leur ferme engagement à contribuer à la mobilisation des ressources dans le cadre de cette lutte. D’où la première enveloppe de 60 millions de dollars, dont 40 millions mobilisés par l’Allemagne. CT a approché le Pr. Saibou Issa, historien et directeur de l’Ecole normale supérieure de Maroua pour analyser les actions de cette instance et surtout le sens de ses activités dans le cadre de l’éradication de la secte terroriste.

Les gouverneurs des régions et Etats touchés par les exactions de Boko Haram se sont réunis il y a un mois à Niamey au Niger. Qu’est-ce que ce cadre d’échanges peut apporter dans un environnement où la secte terroriste développe de nouvelles stratégies ?
La mise sur pied du Forum des gouverneurs est une nouvelle manifestation de la volonté des Etats à rechercher ensemble des solutions concertées à une menace commune qui ensanglante le bassin du lac Tchad et désagrège son tissu socioéconomique depuis dix ans. La régionalisation de la crise ne fait plus l’ombre d’aucun doute. A travers l’opérationnalisation de la Force multinationale mixte, les chefs d’Etat ont clairement affiché leur détermination à combattre ensemble Boko Haram et tout autre groupe armé qui en dérive, en même temps qu’ils ont déployé des opérations nationales pour sécuriser les portions de leurs territoires respectifs affectées par les attaques et les attentats. Le Forum des gouverneurs s’inscrit en droite ligne de cette volonté politique. Au demeurant, cette instance remet en selle des interactions qui ont existé de longue date dans un esprit de bon voisinage. Autour du lac Tchad, les hommes et leurs activités s'imbriquent. Leurs soucis sont identiques lorsque des contingences rompent les ponts économiques et sociaux qui les lient. Alors, pendant que les militaires réduisent les capacités opérationnelles des groupes armés, l’autorité civile travaille à la reconstruction. Malgré la persistance des attaques dans certaines zones, la vie reprend dans la plupart des contrées. 
La stratégie régionale de stabilisation n’est-elle pas trop ambitieuse ?
La crise due à Boko Haram résulte d’une combinatoire de vulnérabilités. Il faut y répondre de manière transversale et durable. Chaque pilier de la Stratégie vise à résoudre des fragilités spécifiques. La réponse globale qui est engagée ici est inclusive, concertée, approuvée par les Etats et endossée par l’Union africaine. 
Le Forum des gouverneurs est-il assez outillé pour faire face à l’ampleur des problèmes du bassin du lac Tchad ? 
Il me semble que les responsables qui composent ce Forum assurent un rôle de coordination et d’impulsion des actions que les services nationaux et les programmes divers mèneront sur le terrain, particulièrement en matière de stabilisation, de consolidation de la paix et de développement durable. C’est un travail que les gouverneurs font déjà dans leurs unités de commandement respectives. Il s’agit de le faire avec davantage de synergie transfrontalière. Ce n’est pas une mission ponctuelle. Quand il n’y aura plus de raison de maintenir en l’état le dispositif militaire actuel, c’est aux autorités frontalières que reviendra la charge de sauvegarder les acquis et d’œuvrer à la prévention des résurgences. Les besoins des groupes vulnérables s’amoncellent, les espaces utiles s’amenuisent, la population augmente rapidement, de nouvelles opportunités profilent à l’horizon, les stratégies insurrectionnelles innovent, dans une sous-région ouverte de toutes parts aussi bien sur les risques que sur les opportunités des multiples voisinages qui l’entourent. Il y a donc beaucoup à se dire, à réajuster, à anticiper dans les échanges entre les Gouverneurs frontaliers sur de longues années encore.   
 

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