« L’objectif de 150 bébés en trois ans sera atteint »

Pr. Jean-Marie Kasia, directeur général du Centre hospitalier de recherche appliquée en chirurgie endoscopique et reproduction humaine Paul et Chantal Biya (CHRACERH).

Professeur, on se rend compte que les accouchements suite à des fécondations in vitro (FIV) se font assez régulièrement. Estce à dire que ce processus participe désormais de la routine au CHRACERH ?

Nous sommes à ce jour au 148e bébé depuis trois ans. A ce stade, notre objectif était d’avoir 150 bébés, parce qu’on était parti sur 50 naissances en moyenne par an. Nous avons eu plus de grossesses que cela, mais toutes ne sont pas arrivées à terme. Nous sommes à 148 naissances avant la fin de l’année. Nous sommes très chanceux d’avoir ces chiffres-là. Il nous reste deux bébés pour qu’on atteigne le chiffre annoncé et si nous sommes très chanceux, nous pourrions dépasser les 150 puisqu’il nous reste encore à peu près neuf grossesses et d’ici la fin de l’année on va avoir peut-être quatre ou cinq grossesses à terme. Le reste sera pour le début de l’année. Je crois fermement que nous allons atteindre cet objectif de 150 bébés en trois ans. Ce sera une très bonne nouvelle et le moment de rendre grâces à Dieu, de célébrer tous les Camerounais qui nous ont soutenus et surtout de rendre hommage à la première dame et au couple présidentiel pour nous avoir donné cette opportunité de réaliser de tels exploits dans un contexte où personne n’y croyait vraiment.

Qu’en est-il des autres aspects de soins offerts par le CHRACERH, notamment la cancérologie ?

Les Camerounais se doivent de savoir que cet hôpital n’est pas uniquement spécialisé dans les problèmes d’infertilité. C’est un peu l’impression que certains ont voulu donner au début. C’est un grand hôpital et au départ, le chef de l’Etat nous a assigné trois objectifs. D’abord, nous devions développer la chirurgie sans ouvrir le ventre. Nous l’avons fait et ce n’est pas fini parce qu’il faut enseigner cette technique et permettre que cela se réalise aussi ailleurs. Le deuxième objectif concernait la fécondation in vitro, un grand challenge, parce qu’on n’était pas certain de réussir cette bataille. Nous l’avons accomplie. La dernière chose importante qui reste à faire c’est la cancérologie gynécologique. Elle concerne tous les cancers à savoir celui du col de l’utérus, de l’intérieur de l’utérus, de l’ovaire ou du sein. Ce dernier depuis un certain temps prend de l’ampleur. Il est plus méchant parce qu’il évolue plus vite. Il suffit de négliger ne serait-ce qu’une petite tumeur au niveau du sein, qui dépasse deux ou trois centimètres et les jeux sont vraiment pipés. Parce qu’en ce moment l’état de la patiente va nécessiter de faire des interventions chirurgicales, associées à la chimiothérapie et parfois la radiothérapie. Et nous n’en disposons pas sur place. Nous avons un objectif de mettre en place la radiothérapie et la chimiothérapie dans ce centre car il en a les capacités. Ce ne sera pas honnête que nous, professionnels, ne développont cela pour le bien des femmes camerounaises et même africaines. Nous avons démarré la fécondation in vitro et ce n’est plus un problème camerounais. Puisqu’il y a des patients qui viennent du monde entier faire la fécondation in vitro ici profitant des conditions meilleures que nous offrons ici grâce à nos résultats probants. La cancérologie va aussi avoir les mêmes problèmes si nous avons une unité de thérapie qui fonctionne normalement. Il faudra à côté de cela qu’il y ait d’autres secteurs de la médecine qui soient complémentaires à ce travail, à l’instar de grands laboratoires dont dispose le CHRACERH qui fait tous les examens possibles. Par exemple la banque de sang, où on extrait les plaquettes. Les Camerounais doivent savoir les soins prodigués ici pour que tout le monde puisse en profiter.

Ne rencontrez-vous pas des problèmes de ressources humaines?

Le plus gros problème que nous avons ici est celui du personnel. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme on le fait. On rentre parfois à 23h ou à minuit, pour se réveiller à 5h. Nous sommes un petit effectif. Si on est épuisé avant un certain nombre d’années, c’est le Cameroun qui perd. Nous avons besoin qu’on nous affecte du personnel, qui bien qu’au départ n’est pas productif, mais que nous nous chargeons de former. Ça prend du temps. Ce sont des programmes que nous aurions dû démarrer depuis des années et aujourd’hui nous serions en train de récolter les fruits et on serait plus à l’aise. Nous avons commencé et on espère que les décideurs vont nous suivre dans cette démarche, parce qu’il y a trop de problèmes. Nous demandons aux décideurs de nous suivre parce qu’il faut retrousser les manches et trouver les solutions. Car ce sont les Camerounais qui vont prendre soin de leurs frères.

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category