Brexit : un feuilleton à rebondissements

Le bras de fer entre gouvernement et Parlement se poursuit alors que la Grande-Bretagne est censée sortir de l’Union européenne le 31 octobre prochain.


Artisan invétéré du British exit from the European Union (Brexit), Boris Johnson n’avait pas meilleur choix que la suspension du Parlement qui empêchait jusque-là la mise en application du verdict du référendum du 23 juin 2016 qui a vu le «oui» l’emporter avec 51,9%. Bénéficiant du consentement préalable de la reine Elisabeth II, le Premier ministre britannique a décidé de mettre donc hors-jeu la Chambre des communes jusqu’au 14 octobre prochain. Afin d’empêcher que cette dernière vienne bloquer à nouveau la sortie de la Grande-Bretagne de la Communauté économique européenne prévue le 31 octobre prochain. 
Alors que dans cet interminable bras de fer les députés britanniques pro-européens avaient remporté mardi dernier une manche, ils ont vu leurs espoirs douchés dès le lendemain par la plus haute instance civile d’Ecosse. Par la voix du juge Raymond Doherty, cette juridiction a déclaré «légale» la suspension du Parlement et rejeté l’action intentée par 75 parlementaires pro-européens visant à faire échec à cette initiative. «De mon point de vue, il n’y a pas eu d’infraction à la loi. La suspension relève du domaine de la politique et de la prise de décision. Ce qui ne saurait être évalué par des critères légaux, mais seulement par des jugements politiques», a tranché le magistrat. 
Dans le camp de l’opposition, l’on crie à la «dictature», au «scandale constitutionnel» et entend faire appel de ce verdict. «Cette décision constitue un affront à la Constitution. Quelle que soit la manière dont on l’habille, il est ultra-évident que l’objectif d’une suspension maintenant serait d’empêcher le Parlement de débattre du Brexit et de s’acquitter de sa tâche», estime Jeremy Corbyn, chef de l’opposition travailliste. Dans sa logique, l’opposition se dit déterminée à empêcher à tout prix un Brexit sans accord et l’approbation d’une motion de défiance devrait lui permettre de prendre le contrôle de l’agenda parlementaire détenu par le gouvernement. Celle-ci aurait dû contraindre le gouvernement à demander à l’Union européenne un nouveau report du Brexit, si aucun accord n’est conclu avec les 27 avant le 31 octobre prochain. Les députés britanniques pro-européens caressent l’espoir d’un nouveau report du Brexit qui sera de nature à rassurer les investisseurs et à soutenir la livre en baisse depuis la suspension du Parlement le 28 août dernier. Pour eux, cette option éloigne le spectre d’une sortie sans accord, cauchemar des milieux économiques.
Pour mieux comprendre cette suspension, il faut remonter le temps pour comprendre qu’il est souvent courant que le Parlement ne siège pas pendant quelques semaines en septembre pour cause des congrès des formations politiques. Tout comme un nouveau Premier ministre peut mettre un terme à une session parlementaire en cours en décidant de suspendre le Parlement quelques jours durant afin de permettre l’ouverture symbolique avec lui d’un nouveau chapitre. Pour les parlementaires, sous Boris Johnson, le temps de la suspension semble plus long que d’habitude. La Chambre des communes souligne que depuis les 40 dernières années, les suspensions ont rarement duré plus de deux semaines. Compte tenu de ce timing, les députés ne disposent plus d’une grande marge de manœuvre pour débattre sur un accord sur le Brexit.
 

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