Décentralisation, le bon choix

Le Grand dialogue national convoqué par le chef de l’Etat sera largement consacré à la situation spécifique des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il ne va pas éluder pour autant d’autres grands sujets d’intérêt national. C’est ainsi que le thème de la décentralisation et du développement local va focaliser l’attention des intervenants, au même titre que le bilinguisme, la diversité culturelle, l’éducation, la justice ou la reconstruction. En attendant de savoir quel nouveau visage prendra le processus déjà engagé pendant et après les débats,  une certitude demeure : la décentralisation sera débattue sous toutes ses facettes et il est possible qu’elle connaisse des avancées significatives par la suite.  Avec sa grande diversité sociologique, amplifiée par un double héritage linguistique postcolonial, le Cameroun est souvent comparé à une mosaïque humaine dont il faut savoir gérer la complexité. Pendant longtemps, la centralisation poussée est apparue comme une sorte de ciment permettant de mieux tenir l’ensemble. Avec les évolutions en cours, on s’est rendu compte que la décentralisation pouvait mieux contribuer à la lutte contre la pauvreté. A travers une approche plus participative, en tenant compte des spécificités socio-culturelles, de l’environnement immédiat et des besoins des populations locales.   
   Si la décentralisation est dans l’air du temps, elle n’est pas une nouvelle trouvaille. Depuis l’avènement de l’Etat unitaire en 1972, elle est apparue comme un substitut convenable au fédéralisme dont la mise en œuvre, à travers des multiples institutions qui se dupliquaient s’est avérée trop coûteuse pour le Trésor public. A titre d’illustration, la République fédérale du Cameroun avait quatre Assemblées, dont une Assemblée fédérale, une Assemblée dans chaque Etat fédéré, plus une assemblée des chefs traditionnels. L’on comptait trois gouvernements, dont un dans chacun des Etats fédérés et un gouvernement fédéral. A cela, il faut ajouter des institutions judiciaires. Tout cela avait un coût qui était particulièrement élevé pour le jeune Etat.
Par souci d’économie et par pragmatisme, il fallait une autre forme de gouvernance plus proche des administrés. La décentralisation s’inscrit ainsi dans la mouvance des nombreuses réformes engagées depuis l’indépendance, notamment celle de 1974, qui définissait déjà la commune comme « une collectivité publique décentralisée et une personne morale de droit public dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière ». Le décor de la gestion des affaires locales était dès lors planté, même si on n’était jamais allé assez loin par la suite. 
Le Cameroun compte à ce jour 360 communes et 14 communautés urbaines. Qu’il s’agisse de la construction d’une salle de classe, de l’aménagement d’une piste rurale ou de l’approvisionnement d’un centre de santé, on peut aisément imaginer les avantages que pourraient tirer les populations d’Akwaya dans le Sud-Ouest ou de Kentzou à l’Est, dans le cadre d’une plus grande autonomie de gestion. Récemment, la décentralisation a même connu un coup d’accélérateur, avec la création en janvier dernier du ministère de la Décentralisation et du développement local, suivie d’un accroissement substantiel de la Dotation générale destinée aux communes. Sans renier le rôle de supervision que continue d’exercer l’Etat, cette dynamique vise un allègement des procédures ainsi qu’une responsabilisation accrue des acteurs du développement à la base. Il est évident que la mise en œuvre d’une politique de transfert des attributions propres à l’Etat vers des collectivités territoriales confère à ces dernières un pouvoir juridique et une autonomie financière permettant plus de célérité et d’efficacité dans des interventions. Ce qui représente une véritable bouffée d’oxygène pour les entités territoriales et les populations qui ont longtemps eu le sentiment d’être à la périphérie des prises de décisions concernant leurs besoins immédiats et partant, leurs conditions de vie.
Des nombreuses études ont mis en exergue les interactions positives entre une décentralisation poussée et le niveau de développement local. L’amélioration de la gouvernance de proximité permet en effet une meilleure identification des besoins prioritaires ainsi qu’un allègement des procédures de mobilisation des ressources pour y faire face. En transférant certaines de ses compétences et les moyens conséquents, l’Etat central ne s’affaiblit pas mais devient plus présent à travers des administrateurs locaux qui sont des relais efficaces, pour autant qu’ils ne créent pas de nouveaux goulots d’étranglement. Au-delà de sa dimension purement politique, la décentralisation apparaît donc comme la voie royale pour booster le développement local et lutter ainsi plus efficacement contre les inégalités et les frustrations qui font le lit des revendications multiformes.
 

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